Le marronnier fédéral a produit son cliché annuel. Le Conseil fédéral défile en rangs serrés et en sourires crispés sur un fond de palais fédéral pixellisé. La nouvelle présidente, Madame Doris Leuthard, emmène les autres conseillers fédéraux selon les règles de préséance. Où vont-ils de ce pas décidé ? Ils se dirigent tout droit vers le mur du studio et ne voient pas le palais fédéral. Nous non plus d’ailleurs, puisqu’il est flouté. Mais chut, ceci est un secret... diplomatique ?
- Conseil fédéral 2010
Oups !
La tradition semble s’orienter depuis quelques années vers des images officielles entièrement fabriquées. Conceptuelles, devrait-on dire. Ce qui est étonnant c’est que cela se voie à ce point et que cela semble bien assumé par leurs auteurs. Les citoyens doivent maintenant se faire à l’idée d’un gouvernement qui fait de la communication, même si c’est parfois un peu laborieux. Nos édiles ne sont pas des mannequins habitués aux flashes des studios et - notoriété oblige - on ne peut pas les retoucher comme on le ferait d’un modèle anonyme.
Pour faire de la com’ au moyen d’allégories, il faut être habile et maitriser toutes les ficelles de la représentation visuelle. Un palais fédéral en mosaïque de pixels, cela va plaire à certains, qui trouveront là un audacieux symbole de modernisme, alors qu’il ne s’agit que d’un vieux truc servant à masquer un manque d’imagination par de la joliesse à bon marché. D’autres trouveront dégradant qu’on puisse flouter un palais fédéral, siège et symbole des institutions nationales, comme on le ferait du visage d’un repris de justice ou d’une marque commerciale à gommer. Cette métaphore technoïde, un peu bling bling, saura-t-elle convaincre des électeurs qui déjà ne voient pas d’un bon oeil qu’un minaret défigure leur paysage ? Rien n’est moins sûr ! Et que dire de l’ambiance crépusculaire qui nimbe tout le cliché ? Ces personnages vont-ils à la fête ? Ou entrent-ils dans une nuit incertaine, une nuit où tous les coups sont permis ? Mais chut, ceci est un secret... bancaire ?
L’image est due au photographe Alex Spichale. La version originale se trouve sur le site de la confédération. On y trouvera également une version « avatar », mais pour la voir en 3D il faudra commander les lunettes spéciales (gratuites). Les épisodes précédents de la saga sont à revoir ici, ici, ici et ici... Le site de la confédération abrite aussi les archives des photos du CF.
Gilles Porte est tantôt directeur de la photographie, tantôt réalisateur et/ou scénariste pour de nombreux films courts ou longs. Avec Yolande Moreau il partage le César du Meilleur premier film en 2005 pour Quand la mère monte. Il photographie aussi des images qui ne bougent pas :
« J’ai une fille de cinq ans et demi : Syrine. Dès sa première année scolaire, Syrine devait, avec les autres enfants de sa classe, constituer un cahier de « bonhommes ». Chaque mois, il fallait dessiner un personnage sur son cahier, sans aucune consigne particulière. Cela fait maintenant trois ans, que des « bonhommes » surgissent régulièrement sur les pages et se métamorphosent au cours du temps.... » La suite ici, sur les carnets que Gilles Porte a remplis de tous les « bonhommes » rencontrés autour du monde.
Personne n’ignore l’existence - et ne saurait se passer - des satellites géostationnaires. Ils servent à relayer des télécommunications, à diffuser des programmes de télé ou à observer la terre pour les météorologues et les militaires (si, si !). Ces satellites sont placés très judicieusement sur une orbite... géostationnaire. La vitesse de rotation des satellites étant fonction directe de leur distance à la terre, cette orbite, située à 35’786 km d’altitude, a la particularité de procurer aux satellites qui s’y trouvent, une vitesse d’une rotation par 24 heures. Cela les rend immobiles à nos yeux et permet donc de les pointer facilement (antennes paraboliques).
EPOD publie aujourd’hui une photo d’une portion de cette orbite. Quand on photographie le ciel, dans une longue pose à l’aide d’un trépied fixe, on ne peut capter que des trajectoires de corps célestes. [1] Ces trainées courbes sont dues au mouvement de rotation de la Terre et leur longueur dépend du temps de pose (exemple ici). Vers les pôles, elles sont concentriques puis s’aplatissent de plus en plus quand on s’approche de l’équateur. En photographiant cette région du ciel, William Livingston, du National Solar Observatory, n’a rien fait d’autre que d’appliquer ce principe élémentaire, connu de tous les débutants en photographie stellaire ! Mais sa photo, en plus des trajectoires des étoiles, nous révèle une multitude de petits points blancs qui sont autant de petits objets immobiles.

Cela pourra paraitre banal à certains. Pourtant, on peut considérer que cette photo a le mérite de nous fournir pour la première fois (à ma connaissance) une image acceptable et réaliste d’un concept qui jusqu’ici n’en disposait pas. Nous grand public, nous pouvons enfin voir de nos yeux, ce qui jusqu’ici n’était qu’une théorie que nous étions bien forcés d’accepter puisqu’elle fonctionne à la satisfaction générale. Les légendes ajoutées sur l’image ne sont pas sa moindre force. En nous faisant pénétrer dans la nomenclature de ces objets célestes, elles cautionnent une vérité physique : ces petits points blancs ne sont pas des artefacts d’origine quelconque, mais bien... « des objets inanimés qui ont une âme » ;-)
Sur le site EPOD, en cliquant une première fois sur l’image on peut l’agrandir. Un nouveau clic sur l’image agrandie vous la révèlera dans une résolution bien plus intéressante. Et vous vous demanderez comme moi, ce que représente cet objet marqué d’un point d’interrogation...
Notes:
[1] Pour « figer » les astres photographiés, il faut être équipé d’un trépied muni d’une monture équatoriale, système qui compense le mouvement terrestre.
Marre de voir la photo du Conseil fédéral trôner en tête du blog ! Pour changer, voici un beau coucher de soleil. Oui bon, il a des couleurs spéciales et alors ? Mais vous en avez déjà vu, vous, des couchers de soleil sur la planète Mars ?

Crédits : NASA/JPL/Texas A&M/Cornell
Cette photo datant de 2005 a paru récemment sur Astronomy Picture of the Day dont je vous ai déjà souvent parlé. Elle a été réalisée depuis la surface de Mars par le robot Spirit. Les couleurs ont été obtenues en installant sur la caméra un jeu de filtres réputé produire des images aux couleurs proches de celles ressenties par l’oeil humain, quoique légèrement exagérées. Le halo bleu (qui devrait être rouge) est dû à une caractéristique de la caméra pour le travail dans l’infrarouge.
L’atmosphère martienne, très ténue et saturée de poussières, produit ce halo diffus. A cause de son éloignement, le soleil apparait au 2/3 du format qu’il a chez nous. Mais c’est beau quand même, non ?
La nouvelle photo du Conseil fédéral est sortie. Je reprends donc la saga de cet exercice annuel de suissitude officielle. Cette année, c’est au tour du Conseiller fédéral Hans-Rudolf Merz d’être le Président de la Confédération et c’est donc à notre ministre des finances qu’échoit la responsabilité de la photo officielle. Autant le dire tout de suite, cette année on a voulu faire dans le pratique et le consensuel et on redescend d’un ou deux crans dans l’audace et l’expressivité.

- Conseil fédéral 2009
Photo Michael Stahl
Un des éléments qui frappe d’emblée est que l’image ne montre aucun contact entre les acteurs. C’est très pratique, car on peut alors échelonner les prises de vues, l’un ou l’autre de ces personnages surbookés pouvant ne pas être libre au bon moment. Pratique toujours, pour le photographe qui n’a pas la grande difficulté de devoir obtenir le bon sourire « cheese » pour tous les membres du groupe au même instant décisif. En agrandissant, on peut voir de petits indices montrant un détourage, ce qui signifie que les personnages ont pu être interchangés. Mais je ne vois là rien de répréhensible, c’est une remarque technique. L’ennui, quand on réalise la prise de vue des personnages séparément du décor, c’est qu’il faut être très habile pour réaliser l’intégration. Ici, elle est ratée, car les ombres immédiates autour des pieds sont faibles ou manquantes, ce qui a la fâcheuse conséquence de faire planer nos édiles au-dessus du sol. Autre problème au niveau des pieds, on voit bien que les acteurs ne sont pas issus du même univers colorimétrique que le décor. Une couleur aussi intense que ce rouge devrait se propager un peu sur les souliers.
Métaphoriquement, ces personnages - isolés dans une photo de groupe - en disent long sur la cohésion nationale et n’annoncent pas de grands progrès sur le plan de la collégialité, bien que de grandes promesses aient été faites dans ce sens par la majorité plus une voix du Conseil national. Je comprends mal que cet aspect ait pu échapper à nos stratèges visuels.
Pour faire joli et consensuel, on a nimbé cette réunion forcée dans une aura sinusoïdale d’étoiles de croix suisses scintillantes, véritable patriotisme de pacotille évoquant une publicité de Noël pour supermarché. Cette démultiplication décorative de croix suisses devrait-elle évoquer une Suisse multiple ou une Suisse fragmentée, au bord de l’explosion ? Difficile de jouer sur les symboles, n’est-ce pas ? C’est pourquoi je propose qu’à l’avenir - et je suis sérieux - on s’adresse plutôt à une agence de communication, dont c’est le métier de maitriser les visuels, qu’ils soient symboliques ou non.
Nos 7 Conseillers fédéraux sont 8 sur l’image... rassurez-vous, ce n’est pas le directeur de l’UBS qui a été invité sur la photo. Le 8e personnage est Madame Corina Casanova, Chancelière de la Confédération.
Les épisodes précédents de la saga sont à revoir ici et ici. (Nos amis français y retrouveront quelques explications sur notre système politique, qui doit leur sembler bien compliqué.)
Comme le mentionne Photoculteur dans son commentaire ci-dessous, le Téléjournal a aussi présenté cette image. L’« expert » à qui on a demandé son avis a plutôt bien aimé cette photo... enfin, selon des critères plutôt pipoles et dans un style qui ferait très « micro-trottoir » s’il n’avait été tourné sous les lambris d’un palace. Or, il faut savoir que cet habitué de nos médias locaux n’est autre que Monsieur Pierre Keller, directeur de l’ECAL (École cantonale d’art de Lausanne). On aurait pu attendre un peu plus de hauteur et de sens critique de la part d’une personne en charge de la formation des élites du design de demain. Mais, Monsieur Keller, en fin diplomate et politicien avisé, a sûrement de bonnes raisons d’être respectueux de l’establishement.
0 | 5 | 10 | 15