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mot clé «copyright»

« Les livres sont différents des autres biens et la loi devrait reconnaître ce fait. Les lettrés comme nous, à qui une nouvelle somme de connaissances a été transmise grâce aux livres ont l’obligation de partager ces connaissances à leur tour, en recopiant et en distribuant les livres aussi loin que possible. Je n’ai pas dégradé le livre de Finnian en le recopiant. Il possède toujours l’original et cet original n’est pas à moi. Il n’a pas plus perdu de sa valeur du fait que je l’ai retranscrit. Le savoir qui est contenu dans les livres devrait être disponible pour tous ceux qui veulent les lire et qui sont capables de le faire ; et il est injuste de dissimuler cette connaissance ou d’essayer de cacher les choses divines que les livres contiennent. Il est injuste de m’empêcher, moi ou quiconque, de les copier ou de les lire ou d’en faire des copies abondantes pour les disperser dans tout le pays. Pour finir, je soutiens qu’il devrait m’être accordé de pouvoir copier ce livre, car si j’ai beaucoup appris du travail difficile qu’impliquait sa transcription, je n’ai tiré aucun profit vénal de cet acte ; je n’ai agi que pour le bien de la société dans son ensemble et ni Finnian, ni son livre n’eurent à en souffrir ».


De quand date ce texte ? De la semaine passée ?... perdu ! Il a été écrit au 6e siècle par Saint Colomban, moine copiste et poète irlandais, qui fut jugé coupable d’avoir copié un texte contre la volonté du propriétaire du manuscrit original. Sa conception de la propriété intellectuelle trouve aujourd’hui un écho auprès des apôtres d’une révision du droit d’auteur. L’histoire est racontée de manière fort enthousiasmante par Calimaq sur le blog S.I.Lex : Saint Finnian et le Necronomicon du Copyright...

Béat Brüsch, le 19 août 2009 à 09.35 h
Rubrique: Droit des images
Mots-clés: copyright , droit , histoire
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Le livre Free Culture, de Lawrence Lessig a été traduit en français et mis en ligne récemment sous licence Creative Commons. Le très actif juriste américain, spécialiste de la propriété intellectuelle et référence mondiale du droit d’auteur à l’ère de l’internet, n’avait encore jamais été traduit en français. C’est maintenant fait et téléchargeable ici. [1]


Culture libre (2004) est un ouvrage foisonnant - même un peu bavard - qui, à travers de nombreuses histoires réellement édifiantes, [2] nous fait percevoir les limites et absurdités de législations inadaptées aux conditions techniques de leurs époques. Ne vous attendez pas ici à une recension de cet ouvrage dont le propos est d’ailleurs peu réductible. Je me contenterai de quelques généralités non étayées. Plus loin, nous verrons les implications de ces idées dans le domaine de la photo qui est à mon sens l’éternel parent pauvre du droit d’auteur. Précisons que Lessig se réfère presque exclusivement au droit américain, ce qui pour certains concepts diffère quelque peu des acceptions européennes.

Le point central de la réflexion de Lessig est que les idées sont à tout le monde. De la circulation des idées naissent de nouvelles idées. Chaque philosophe, chaque artiste, chaque citoyen ne serait rien s’il ne pouvait s’appuyer sur le travail de ses prédécesseurs. Cela s’appelle la culture. Avec les nouvelles technologies, les idées circulent bien plus qu’avant et d’une manière tellement différente que les lois sur les droits d’auteur ne pouvaient le prévoir. Avec internet, nous passons d’une culture du read-only (récepteurs passifs d’une culture produite ailleurs) à celle du read-write, ou chacun, savant ou citoyen, peut se saisir de « matériaux » formulés ailleurs pour s’exprimer en construisant son propre langage.

Contrairement à ce que pourrait laisser croire une lecture simplificatrice, Lessig n’est pas du tout opposé au droit d’auteur ou à sa rémunération. Culture libre ne signifie pas culture sans droits ou culture gratuite. Entre une juste rémunération des auteurs et la mainmise de grandes compagnies arcboutées sur des privilèges d’un autre temps et sur des modèles économiques dépassés, il y a un espace dans lequel on peut trouver des solutions. L’utilisation des licences Creative Commons (dont Lessig est par ailleurs membre fondateur et président) va dans ce sens. Dans de nombreux exemples, Lessig nous rappelle que les lois, y compris celles sur le droit d’auteur, ont été souvent révisées pour s’adapter à des évolutions technologiques. Pour lui, « chaque nouvelle génération (technologique) accueille les pirates de la génération précédente ».

La diffusion des oeuvres de l’esprit (production immatérielle) se fait souvent par le truchement d’un support physique. Ce support (livre, CD, film, tableau, reproduction sur papier) a tellement servi qu’il a fini par être assimilé à son contenu. Dans les faits il n’en est rien : dans le prix d’un CD il y a une (faible) partie immatérielle qui est le propre de chaque création, des frais de production et de promotion et un peu de plastique et de papier imprimé. Les internautes ne s’intéressent qu’à la partie créative et ne veulent payer que celle-là. Les majors voudraient assimiler la copie d’une musique sur internet au vol d’un CD chez le disquaire. Il faut tout de même remarquer que la copie d’une musique ne prive pas le détenteur de son bien, alors que le disquaire, lui, a dû acheter le CD avant de le revendre. C’est toute la différence entre 2 mondes. L’affranchissement du support donne des ailes aux productions de l’esprit... et du souci à ceux qui vendent le support.

Avec internet, chaque consultation d’une oeuvre produit une copie. Cela change complètement les conditions de diffusion des oeuvres. Il s’ensuit l’idée que la copie ne devrait pas être systématiquement le déclencheur du copyright. Les divers usages de la copie doivent être mis au centre de la discussion, ils sont déterminants pour une juste évaluation du droit. C’est ici qu’on voit (re)surgir l’idée de l’enregistrement des oeuvres sur un registre pour en revendiquer le droit d’auteur. Je reviendrai sur cet aspect (que je n’aime pas) plus loin dans ce billet.

Lessig nous rend attentifs au fait que les oeuvres peuvent avoir plusieurs vies. La première, si son auteur a un peu de chance, est sa phase commerciale. La durée de vie « rentable » d’un livre, par exemple, n’est pas très longue. Quand il disparait des rayons du libraire, poussé par de nouveaux livres, il peut encore être acheté dans des magasins d’occasion sans que l’auteur ne soit rémunéré. Plus tard, il sera lu tout aussi gratuitement dans des bibliothèques de prêt. Peut-être sera-t-il archivé quelque part, bien à l’abri, inatteignable et voué à l’oubli. Des archives redondantes, avec des accès en ligne dûment indexés, pourraient garantir qu’il n’en aille pas ainsi. (Par contre, que cette prestation soit monopolisée par une seule société - commerciale - n’est peut-être pas très heureux.) Bien sûr, toutes les sortes d’oeuvres ne présentent pas les mêmes caractéristiques à ce niveau. Pour parvenir à ce rêve d’une moderne bibliothèque d’Alexandrie il faut que les durées de vie « rentables » des oeuvres soient réduites. Et les usages nouveaux qui en découlent devraient être réglés statutairement (fixés par la loi) au lieu d’être laissés à la merci de sociétés commerciales plus motivées par l’âpreté au gain que par un souci de conservation du patrimoine de l’humanité.

Et la photo dans tout ça ?

À la lecture des propos de Lessig, je retrouve les mêmes petites frustrations que j’ai souvent relevées lorsqu’on parle de droits d’auteur en relation avec internet : on ne fait pas grand cas des photos (ou plus généralement des images). Les problèmes les plus criants sont toujours liés aux téléchargements de vidéos et de musique que les majors s’efforcent de criminaliser, entrainant des gouvernements bornés à traiter des gamins comme s’il s’agissait de dangereux terroristes. Les photos, qui pourtant pullulent à portée de nos souris, ne font pas l’objet de grands débats passionnés.

Il y a des différences de nature évidentes entre les médias : des images animées, des images fixes, des textes, de la musique, des idées ou toutes autres productions de l’esprit ne se créent ni ne se consultent de la même façon. Cela va sans dire, mais n’est pas toujours pris en compte. Essayons de déterminer comment les images ou les photos se différencient des autres oeuvres protégées et de dégager des usages spécifiques impliquant d’autres manières d’aborder leur droit d’auteur. [3]

Plein de photos partout !

Le partage de films ou de musiques demande une certaine volonté, car il faut opérer des démarches techniques, plus ou moins compliquées, pour y parvenir. Les musiques et les films ne déboulent pas spontanément sur les écrans. L’accès aux photos est par contre d’une facilité déconcertante : il y a des images partout sur le web. Une simple requête sur Google, une consultation de Flickr ou d’un blog quelconque et voilà plein de photos sur votre écran, « yaka » les prendre. Cette disponibilité des images les rend aussi banales que celles que vous produisez vous-même (enfin, pour la plupart des gens ;-) Allez ensuite expliquer qu’il y a des règles compliquées de droit d’auteur pour ces images... L’ordinateur est en réalité un fantastique « copieur ». Les photos qu’il affiche sont perçues comme des éléments d’usage courant. (Peu importe que ces pixels se situent dans la mémoire vive qu’utilise votre browser ou soient réellement copiés sur votre disque dur.) Pour le grand public, et cela bien avant la récente multiplication des appareils de prise de vue, le statut des photos se situait déjà dans la banalité des usages familiaux, du souvenir ou de la documentation ordinaire. Le foisonnement actuel des APN n’a fait qu’accentuer ces caractéristiques.

Engouement

Les passionnés de Sting ou des Beatles sont infiniment plus nombreux que les mordus de Cartier-Bresson ou de Capa (distinction purement quantitative !) En musique, les oeuvres recherchées le sont pour leurs auteurs et interprètes. En photo (sauf pour les connaisseurs), c’est plutôt une valeur documentaire ou décorative qui est recherchée, peu importe qu’elle soit signée par un grand nom. C’est dur pour l’ego des photographes, mais c’est bien comme cela que l’internaute lambda le ressent.

Qualité de reproduction

La numérisation a pour caractéristique de ne pas dégrader le signal. Cela permet aux fichiers musicaux (et dans certaines conditions au cinéma/vidéo) de diffuser une qualité de reproduction théoriquement parfaite ou du moins très fidèle. On ne peut en dire autant pour les photos diffusées sur internet. Les photos « de valeur » (art, photojournalisme ou autres productions de professionnels ou d’amateurs-experts) ne sont disponibles que sous une forme dégradée, car un affichage sur internet se contente de fichiers en basse résolution. Les fichiers originaux en haute résolution, qui seuls permettent des tirages et des impressions de qualité ne sont pas disponibles. Cela laisse à la photo un peu de marge avant de pouvoir être pillée intégralement ;-) Les tirages papier sont toujours très prisés sur un marché de l’art en pleine expansion et il est vrai qu’aucune imagette d’un grand photographe « trouvée sur internet » [4] ne soutiendra la comparaison avec un tirage sur papier. Par contre, les fichiers en basse résolution que véhicule internet sont suffisants pour une utilisation sur... internet. On peut donc prétendre que - pour le moment - la photo se distingue nettement des fichiers musicaux sur le plan de la qualité technique disponible. Mais il est difficile de prévoir l’évolution des standards de lecture. On s’est habitué à l’écoute de musique rediffusée, par haut-parleurs et par écouteurs, alors que les concerts sont d’une qualité bien supérieure. On semble s’habituer au visionnement de films sur des écrans privés de plus en plus petits, alors que tout le monde est encore d’accord pour reconnaitre une supériorité à l’écran d’une salle de projection. Que va-t-il se passer pour les photos ? On constate déjà que les standards évoluent vers une consultation majoritairement sur écrans. Une proportion très élevée d’images ne sera jamais imprimée (ce qui, au passage, fait bien sourire quand on assiste à la course aux mégapixels pour les capteurs). Il est possible que la consultation de photos en basse définition augmentant, elle devienne ainsi un véritable standard... À moins qu’elle ne le soit déjà ?

Conditions économiques

Les marchés du showbiz et de la photo sont incomparables. Les volumes d’affaires, les conditions créatives, la structure des marchés, l’industrialisation, tout est différent. Sur un appareil photo, il n’y a qu’un seul viseur ! Là ou l’auteur de la photo est à peu près seul, on trouve pour la musique, une chaine de production et de distribution à une échelle industrielle. En moyenne une photo, avant l’arrivée des agences lowcost, se vendait à un prix largement inférieur (d’un facteur 100) au prix de revient de l’enregistrement de la moindre chansonnette. Il est à remarquer que ce prix n’est d’ailleurs pas facturé au consommateur final (enduser), mais à l’éditeur qui publie la photo. À l’heure ou tout le monde (y compris l’enduser) peut devenir éditeur, cela met au jour une autre difficulté pour les photos de se prévaloir d’un statut d’oeuvre protégée. On comprend aussi qu’il est plus facile pour une organisation industrielle d’entretenir des armées d’avocats pour faire respecter un droit d’auteur que ça ne l’est pour un artisan. Les seules organisations industrielles à s’occuper de droits d’auteurs pour les images sont les grosses banques d’images. Charité bien comprise commençant par soi-même, on ne s’étonnera pas qu’elles défendent avant tout leur propre vision du droit d’auteur et fassent fréquemment usage de photos en DR. [5]

Amateurs <-> professionnels

La musique, cela ne s’improvise pas. Que l’on soit amateur ou professionnel, il faut faire ses gammes pour pouvoir se faire entendre. Encore un lieu commun ! Mais il est bon de le rappeler pour souligner ce statut de « mérite » dont jouit une pratique qui n’est pas à la portée du premier venu. Il est infiniment plus difficile de jouer du violon que d’appuyer sur le déclencheur d’un APN. L’immense majorité des photographes du dimanche se contente de ce petit miracle et ne se pose pas trop de questions sur la portée du geste minuscule qu’il vient de faire. On ne s’étonnera donc pas que la notion de droit d’auteur ne l’effleure même pas. La pratique de la photo se caractérise par une forte coexistence entre amateurs et professionnels, sans pour autant que les uns se soucient réellement des autres. L’ennui, c’est que toutes ces images, qu’elles soient le résultat d’une véritable démarche créative et technique ou qu’elles soient juste une tentative convenue de « prendre une image », se retrouvent sur internet totalement mélangées, sans repères visibles de leurs statuts spécifiques. Pourquoi pas, d’ailleurs ? Mais cela noie encore un peu plus les distinctions qu’on pourrait vouloir faire.

Perspectives

Comme on le voit, non seulement, les photos sont difficilement perçues comme des oeuvres dignes du droit d’auteur, mais la (re)définition de ce droit et son application ne sont pas vraiment à l’ordre du jour. Les pistes pour y arriver sont peu distinctes car les intérêts des uns ne recouvrent pas les aspirations des autres. Les forces en présence (et les préjudices) sont trop faibles pour qu’elles puissent se faire entendre. Une fois de plus, ceux qui ont le plus à gagner (les grosses banques d’images) seront les seuls à se faire entendre.

Lawrence Lessig fait une grande place au principe de l’enregistrement des oeuvres sur un registre centralisé pour en revendiquer le droit d’auteur. Cette idée peut paraitre séduisante et elle a effectivement beaucoup d’adeptes aux USA où le Congrès s’apprête à voter dans ce sens. (J’ai déjà parlé de cela dans ce long billet, ici.) Voici typiquement une idée qui n’est pas appropriée au monde de la photo. Quand on produit 1 ou 2 films par année ou 3 sculptures monumentales ou encore une douzaine de peintures, il est facile de les faire enregistrer. Mais quand - comme c’est le cas pour de nombreux photographes professionnels - on engrange quotidiennement des centaines de prises de vue, qu’on en soumet certaines à divers clients, qu’on en publie une partie de diverses manières, qu’on en archive d’autres et qu’on en ressort des anciennes... la tâche serait d’une lourdeur insupportable et proprement ingérable, vu le statut fluctuant des photos au cours de leur existence. Les photographes sont des artisans qui préfèrent passer du temps « sur le terrain » plutôt que d’administrer une oeuvre dont la pléthore n’est d’ailleurs pas une assurance de rentabilité. Il faut noter aussi que le principe de devoir enregistrer des oeuvres sur un registre pour les protéger est en contradiction avec la plupart des législations sur le droit d’auteur européennes pour qui le statut d’oeuvre protégée est automatique dès leur création (je simplifie).

Il y a des pistes à creuser...

Les photographes utilisant un ordinateur avec efficience (pas encore tous !) prennent déjà le temps de taguer leurs photos pour pouvoir les retrouver dans leurs bases de données internes. Ces mêmes tags fonctionnent aussi en ligne. Chaque prise de vue produite par un appareil photo contient des métadonnées EXIF automatiquement intégrées au fichier (date, vitesse, ouverture, exposition, etc). Ces tags peuvent être complétés par les photographes dans leurs logiciels de traitement d’images ou leurs bases de données (catalogueurs) avec des indications telles que lieux, titre, légende, etc, ainsi que par des indications de copyright. Avec les EXIFs, pas besoin de registre, toutes les données sont déjà dans la photo !

Il me semble techniquement possible d’améliorer la portée et la prise en charge de ces métatags en les incorporant « plus profondément » dans les fichiers afin, par exemple, de ne pas les perdre lors de traitements ultérieurs du fichier comme le redimensionnement. Cela existe déjà (Digimarc) mais il s’agit d’un format propriétaire et payant et de ce fait réservé aux photos professionnelles réellement publiées. Pour que toutes les photos soient taguées, quel que soit leur statut, il faut un système de standards gratuit, approuvé par une majorité d’acteurs, dont quelques grandes marques servant de leaders. Il faut que ce marquage, à l’instar des EXIFs, soit intégré dans les fichiers des formats photographiques dès la prise de vue. Il ne serait ensuite modifiable que par l’auteur. On pourrait également y préciser un statut de Creative Commons. Mais en aucun cas il ne faudrait essayer d’imiter un système de DRM dont on a pu voir les effets désastreux et qui n’ont désormais plus la cote, même chez leurs plus ardents promoteurs. [6] On m’objectera que tout système peut être craqué par des pirates. Mais c’est oublier que les enjeux pour les photos ne sont de loin pas aussi motivants que pour de la musique ou des films. C’est oublier aussi que grâce à des logiciels de recherche basés sur l’identification d’images (comme TinEye) il sera de plus en plus facile de retrouver une image source.

Parallèlement, il me parait indispensable de généraliser l’utilisation de licences comme celles des Creative Commons. Si elles ne sont pas parfaites aux yeux de certains, elles ont au moins le grand avantage d’être fonctionnelles dès maintenant, et cela même pour un usage professionnel. Ces licences pourront toujours être complétées si les pros ont de bonnes raisons à faire valoir. Le plus grand nombre possible d’aspects du droit d’auteur devraient être régis par des dispositions statutaires, c’est à dire, par des modalités réglées par des lois précises et adaptées aux technologies, plutôt que par de beaux principes flous ouvrant la porte à une justice d’avocats, forcément inégalitaire. Tous les droits d’usages devenus monnaie courante, tels que le droit de citation, le droit à la parodie ou à la critique, ainsi que les usages non commerciaux doivent être redéfinis de façon spécifique pour la photo.

Dans cette recherche de redéfinition du droit d’auteur, les photographes professionnels ne tirent pas à la même corde que les amateurs. Mais sur internet, ces derniers sont déjà bien plus nombreux que les pros. Ils sont dans la place et sont aussi en mesure d’y dicter leur loi.

Petite « webographie » autour du droit d’auteur :

(liste non exhaustive :-)

• Lawrence Lessig :
Wikipedia
Site personnel
Lawrence Lessig : le juriste militant du free - Sur l’Atelier
Lawrence Lessig : Comment la créativité est étranglée par la loi. - Sur ReadWriteWeb - YouTube d’une conférence de Lawrence Lessig (en anglais, 19’ ) MAJ du 07.08.09 : Voir cette brève

Petit précis de lutte contre le copyright par Cory Doctorow - Sur Framablog - Bel article exposant clairement les enjeux culturels.

Une loi déconnectée de la réalité - Sur Libération - Un article parmi de nombreux autres sur la loi Hadopi.

Jacques Attali répond aux artistes - Sur Slate.fr - L’auteur-qui-a-un-avis-sur-tout reprend le modèle juridique qui gère les rapports du droit d’auteur à la radio et à la télévision pour en faire un modèle économique applicable aux FAI... (Je n’y crois pas trop, mais il faut explorer toutes les pistes)

• Creative Commons
Creative Commons : Soyons créatifs ensemble - Sur Framasoft - Explications, description
Creative Commons France
Creative Commons Suisse

Les droits d’auteur pour les nuls - Par Me Eolas - Explications très avisées sur le droit d’auteur en France.

Droits et images - Le respect du droit des images actuel dans la pratique - Par Eric Delcroix

Loi fédérale sur le droit d’auteur et les droits voisins - Administration fédérale - Pour mes lecteurs suisses (il y en a quelques uns).

Je ne savais pas qu’il fallait sauver la photographie - Sur Déclencheur - J’ai déjà cité ce billet qui réagit à la pétition Sauvons la photographie.

Oeuvres orphelines - Comment le droit d’auteur sur les images se fait bousculer - Mon précédent billet sur le droit d’auteur.

Notes:

[1] Je ris doucement à la noble idée qui est émise en préface de l’édition française, mentionnant qu’aucun politique - entre autres - ne peut faire l’impasse sur la lecture de ce livre (128 pages A4 en 2 colonnes bien serrées en corps 8 !). Je pense qu’aucun des membres de l’assemblée qui a voté la loi Hadopi ne s’y est astreint, mais j’ai sûrement mauvais esprit ;-)

[2] L’ennui avec les histoires édifiantes, c’est que l’auteur utilise toujours celle « qui va bien » avec ce qu’il veut nous faire accepter en oubliant que ça se complique un peu quand on prend d’autres exemples ;-)

[3] Il a déjà été abondamment question, ici et ailleurs, des problèmes liés au fait qu’on ne peut pas transposer le modèle de la citation textuelle au monde des images. Un morceau de texte judicieusement choisi est porteur de sens - ou d’un certain sens qui ne trahit pas forcément l’oeuvre. Il est, du reste, typographiquement et syntaxiquement signalé comme tel, nous informant de son statut et sur le sens à y prêter. Imaginez la transposition de ce principe aux images... vous voyez bien, cela ne marche pas !

[4] « Trouvé sur internet » est une expression qui fait florès. Sur Google, elle retourne 18 700 000 occurrences. Elle donne une idée de la quantité des « emprunts » dûment revendiqués qui se font sur internet. Question sourçage, il n’y a pas plus vague, mais ça vous donne un petit air de « gentil pirate débrouillard à qui on ne la fait pas ».

[5] Les photos en DR (Droits réservés) dont l’usage est de plus en plus fréquent, sont des photos dont on n’a pas pu (ou voulu !) retrouver l’auteur. Elles sont bien entendu le principal argument des apôtres de l’enregistrement des oeuvres sur un registre centralisé.

[6] En rêvant un peu, on pourrait imaginer une fonction automatique et non désactivable qui présenterait les signatures et autres mentions obligatoires au survol de la souris sur toutes les parutions en ligne. Cela éviterait du coup le travail, un peu fastidieux pour les éditeurs, de sourcer leurs images et contournerait les manquements des oublieux des bonnes pratiques.

Béat Brüsch, le 26 mars 2009 à 23.21 h
Rubrique: Droit des images
Mots-clés: blogosphère , copyright , droit
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TinEye est le premier moteur de recherche qui utilise des technologies d’identification d’images pour rechercher des images sur le net. Cela signifie que les critères de recherche ne sont pas textuels (mots clés), mais constitués d’images (des ensembles de pixels). Concrètement, si vous lui soumettez une image, le logiciel vous ramènera toutes les occurrences de cette image qu’il connait, même si elles ont été modifiées ou recadrées. Il utilise pour cela un algorithme produisant une empreinte digitale de l’image recherchée qui est ensuite comparée à l’index. Lancé en mai 2008 par la société canadienne Idée Inc, ce service est passé maintenant en version beta publique. Depuis son lancement, il a continué à indexer le web pour agrandir sa base de données, seul moyen de gagner de l’efficacité. Le système est utilisable gratuitement par tout internaute, il suffit de s’inscrire ici. TinEye propose aussi l’installation d’un plug-in et/ou d’un bookmarklet, qui permet de procéder à une recherche d’image en un seul clic à partir de votre browser.

Mais quelle est donc l’utilité de ce service ?

La première est sans conteste la possibilité pour les auteurs (les photographes, graphistes, etc) ou les détenteurs de droits (banques d’images, archives, etc), de traquer les vols d’images sur internet. Plus subtilement, cela peut aussi aider à trouver les sources, l’origine d’une image, son histoire et sa manière d’être présente sur internet (mais l’internet, ce n’est qu’une partie du monde ;-) Pour le reste, faisons confiance au « génie humain » pour découvrir de nombreuses autres applications que celles prévues par le logiciel...

Quelle en est l’efficacité ?

Globalement - sur des images connues ! - l’effet est assez bluffant. L’efficacité des algorithmes utilisés et la vitesse de traitement sont surprenantes. TinEye est capable de retrouver des images même recadrées, redimensionnées, recolorées, retouchées, voire « photomontées ». Il est capable aussi - son algorithme semble très performant pour cela - de rechercher des graphismes bien définis, comme des logos commerciaux. Les pages Cool Searches et Widgets, d’où je tire l’exemple ci-dessus, présentent des exemples de recherche très éloquents... mais n’oubliez pas que ce sont des pages à caractère publicitaire pour lesquelles on a sélectionné les exemples « qui vont bien » !

Quelles en sont les limites ?

On entrevoit rapidement que l’efficacité du système est en relation directe avec l’étendue de sa base de données. TinEye annonce avoir engrangé plus d’un milliard de photos dans son index. C’est sûrement bien moins que Google. [1] Mais leurs robots continuent de parcourir le net pour indexer des images. Vous pouvez d’ailleurs leur demander d’aller visiter un site (le vôtre, par exemple). Je l’ai fait il y a 3 jours et depuis j’attends toujours le passage du robot ;-) Il est fort probable que les petits sites ou les sites à faible trafic ne soient pas visités en priorité...
En admettant qu’ils réussissent à construire un index suffisamment étendu pour être plus que représentatif il restera toujours des zones non explorées qui constituent autant de doutes pour l’auteur d’une recherche : les images en Flash ne sont pas prises en compte tout comme celles figurant sur des pages que les robots [2] ne sont pas autorisés à visiter. Les pirates ont donc toujours une longueur d’avance sur les gendarmes ;-)

Combien ça coûte ?

Le logiciel se présente actuellement en version beta publique pour laquelle on doit s’inscrire. Nous ne pouvons donc pas savoir si le service va devenir payant, car TinEye est peu disert sur la question. Seul un usage commercial à venir est évoqué. Il consistera en un service de veille sur un ensemble d’images avec envoi de notification au demandeur en cas de succès. Cette fonction devrait intéresser les petites et moyennes entreprises. (De grands comptes comme l’AFP ou Associated Press bénéficient déjà de solutions spécifiques fournies par d’autres logiciels de la même firme.) On peut espérer que cela permettra de laisser le libre accès aux petits usagers occasionnels.

TinEyes montre une nouvelle direction pour les moteurs de recherche d’images en élargissant le champ des possibles. Il peut sembler bizarre que Google ne soit pas sur ce coup là. Mais il est peut-être déjà sur le coup suivant... TinEyes est, somme toute, dans un créneau bien spécifique, car il n’identifie pas les objets, mais « seulement » les formes essentielles d’une image. C’est ce qui le rend très performant pour découvrir les multiples variantes d’une même image. Les grandes étapes à venir pour la recherche d’images seront probablement l’identification d’images d’objets, puis de personnes, le tout éventuellement en combinaison avec du texte... mais ce n’est pas pour tout de suite.

Notes:

[1] Il est très difficile de savoir combien d’images contient l’index de Google, la société ayant décidé en 2005 de ne plus communiquer sur la taille de sa base de données. En 2005, elle s’élevait à 2,187 milliards d’images. On peut postuler que ce chiffre à bien pû doubler depuis... Une recherche d’images avec juste « jpg » comme terme de recherche affiche aujourd’hui 1,44 milliard d’occurrences... (test sans valeur réelle, c’est juste pour voir). Pour comparaison, Flickr contient aujourd’hui 3 milliards d’images, mais le champion est Facebook avec 10 milliards.

[2] Si vous avez accès au code source de votre site, vous pouvez y placer des metatags spécifiques ou un lien vers un fichier robots.txt pour donner des instructions aux robots (crawlers) qui visitent votre site régulièrement et quelques fois à l’insu de votre plein gré. Vous pourrez y spécifier vos autorisations. Si vous n’avez pas la conscience tranquille, vous pourrez même autoriser tous les robots à visiter votre page, sauf celui de TinEye ! Il y a des robots malveillants qui ne tiennent aucun compte de ces instructions, mais TinEye déclare respecter ces instructions.


Addenda du 14.01.2009:

Je « remonte » un lien proposé par Patrick Pecatte en commentaires. Il renvoie à une excellente synthèse sur la recherche d’images par l’image qui m’avait échappé (et dont le titre est quasi identique au mien ;-)
Merci.

Béat Brüsch, le 14 janvier 2009 à 16.13 h
Rubrique: Les nouvelles images
Commentaires: 5

Signalée hier par plusieurs sites internet, la publication des archives photographiques de Life par Google n’a pas (encore ?) fait beaucoup de bruit, juste quelques applaudissements. « ...ils sont sympas » nous dit bienbienbien.net, à qui on ne la fait pas. Oui, vraiment sympas de nous offrir toutes ces photos gratuitement ! (gratuitement ?) Soucieux de droits d’auteurs, mais aussi de sources de photos gratos (chacun ses contradictions : c’est un réflexe de blogueur, on ne se refait pas ;-) j’ai cherché à savoir ce qu’il en était des droits pour ces images. On a beau fouiller dans tout le site... hormis un tout petit © Time Inc. dans un coin, il n’y a rien de rien pour les légalistes. Alors que sur n’importe quel blog présentant les photos de son chat on trouve des indications inratables de leur statut légal, il ne se trouve rien de tel ici. Bizarre, non ? Bon, il y a un lien qui nous mène vers une société commerciale proposant des tirages papier, mais cela ne nous indique pas clairement ce qu’on a le droit de faire de ces photos.

JPG - 87.9 ko
Gangster Mickey Cohen sitting amongst the front pages of newspapers that helped make him the city’s’ most infamous citizen.

Los Angeles, 1950 - Photographer : Ed Clark - © Time Inc.

Que cherchent-ils chez Google ? Ces chérubins ne prévoient-ils pas que des photos de cette qualité, accessibles directement dans des grands formats inhabituels sur le web, seront pillées en masse ? Avec cette opération, Google augmente encore un peu son prestige de pourvoyeur gratuit de documents du patrimoine culturel mondial. Mais, en omettant sciemment d’aborder clairement les questions de copyright, il tend à accréditer un peu plus l’idée que sur le web tout est gratuit et surtout chez Google. Et ça marche. Entendu ce matin aux infos de 10 heures sur RSR1 : (à propos des photos de Life sur Google) « ...accessibles gratuitement ». Gageons que ce terme sera interprété à loisir, selon les intérêts de chacun. Et que le principe du droit d’auteur s’en trouvera encore un peu plus embrouillé. (Voir mon billet sur les oeuvres orphelines)

Ah ben tiens, je vais en mettre une, de ces photos. On verra bien s’ils m’envoient leurs avocats...


Addenda du 19.11.2008:

On en apprend un peu plus sur les dispositions légales pour ces images. Dans une interview à Photo District News (PDN), Andrew Blau, le président de Life, déclare en substance que sa compagnie fermera les yeux sur les utilisations non commerciales de ses images et que les blogueurs qui copient/collent leurs images ne sont pas leur première préoccupation (on s’en doutait quand même un peu ;-) Ce qui les intéresse bien plus, comme cela a été remarqué en commentaires, c’est les gros poissons commerciaux et c’est bien pour cela qu’ils se sont associés avec Getty Images (ça va saigner !) En passant, PDN a aussi remarqué qu’il n’y a pas d’indication sur le site quant à l’usage qui peut être fait ou non de ses photos.

Mais je ne vais pas tout vous réécrire, voyez plutôt la VO ici.

Béat Brüsch, le 19 novembre 2008 à 16.04 h
Rubrique: Droit des images
Mots-clés: blogosphère , copyright , droit
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Oeuvres orphelines

Ces dernières années, on a beaucoup parlé des droits d’auteur sur la musique (téléchargements). Cela peut s’expliquer, en partie, par l’énormité des marchés concernés et leur concentration aux mains de quelques très grosses sociétés, puissantes et pas prêtes à céder leurs intérêts (les majors). Les droits sur les images représentent globalement d’assez grands intérêts aussi, mais ils sont très épars. Souvent ils sont gérés par les créateurs eux-mêmes (pas très doués en la matière) ou se répartissent en petites entités disparates ayant du mal à se faire entendre, ce qui les rend vulnérables. D’une part, les nouvelles technologies induisent de nouveaux usages qui ne tiennent pas grand compte du droit existant. D’autre part - et ce, depuis bien plus longtemps - des groupes d’intérêts, principalement éditoriaux, tentent toujours d’affaiblir le droit d’auteur. Quelques faits récents ajoutent des pièces à ce dossier et exigent même qu’on s’inquiète.


Petit compte rendu d’une décision de justice repris aussi par quelques sites francophones, dont celui-ci, d’où je tire la traduction suivante : « Google vient successivement de perdre deux procès en Allemagne pour son outil de recherche d’images en ligne. Le premier concerne le photographe allemand Michael Bernhard qui reprochait au moteur le fait que l’on retrouve une de ses photos sous copyright sur l’outil de Google. Thomas Horn, détenteur des droits de certains comics, faisait des reproches identiques au moteur américain. »

Bonne nouvelle serait-on tenté de dire, si l’on est un défenseur intégriste du droit d’auteur ! Mais ce serait aller un peu vite en besogne, car il est sûr que Google usera de toutes ses forces pour recourir contre cette décision, c’est son essence même qui est en jeu. Et il aura l’écrasante majorité des internautes avec lui. Tout cela n’a pas échappé à Marin Dacos - La Feuille - qui pose quelques bonnes questions et qui conclut par : « Et si la question n’était pas juridique ? »

Il s’agit ici du droit de citation,

qui est une sorte d’« exception permissive » à l’intérieur du droit d’auteur, prévue par les lois de la plupart des pays connaissant le droit d’auteur. Si tout le monde est à peu près d’accord sur la notion de citation textuelle, il n’en va pas de même pour les citations d’images. Comment citer des images ? Dans quel contexte peut-on citer des images ? Les citer en petit format ? Bien qu’imparfaite, l’idée parait séduisante et l’analogie avec la citation textuelle semble justement proportionnée, mais tous les pays ni tous les détenteurs de droits ne s’y résolvent. Les chercheurs du domaine de l’image réclament un droit de citation pour leurs publications scientifiques. Mais les journalistes faisant oeuvre de critique d’images, ne devraient-ils pas disposer de ces mêmes droits de citation ? Et les blogueurs qui parlent des images ? ;-)

Google, en tant que site d’indexation, s’est « arrangé » avec ce droit de citation, tant pour le texte que pour les images. Certes, le droit américain est plus permissif (fair use) et permet probablement les pratiques de Google. De fait, c’est donc le droit américain qui régit ces pratiques dans toutes les parties du monde où l’on reçoit Google ! [1] Et les internautes, vous, moi, en redemandent... preuve en soit, cet article qui (relatant la décision de justice dont je parle au début de mon billet) commence très fort en affirmant : « Encore un bel exemple du progrès frustré par le droit d’auteur. » Cette affirmation, un tantinet réductrice (ainsi que les commentaires qui suivent l’article), donne un ton qui est, qu’on le veuille ou non, très représentatif du courant dominant chez l’internaute Lambda. [2] La pratique de la citation est en voie de généralisation sur les blogs et sur tous les sites dits « non commerciaux » et cela, en parfaite connaissance de son caractère illégal. On peut être sûr que, sous diverses pressions et à cause de la difficulté des poursuites - trop de cas, pour des montants trop faibles - ce droit de citation va s’établir progressivement partout. De leur côté, les « institutionnels » ou les « commerçants » scrupuleux, pour qui il n’est pas possible de se mettre hors la loi, feront tout pour faire amender ce droit.

Voilà sommairement, pour le droit de citation des images. Mais ce qui advient dans ce contexte, presque marginal du droit d’auteur, n’est pour moi qu’un laboratoire de ce qui arrive au droit d’auteur des images dans son ensemble...

Diverses pratiques, observées massivement sur internet,

entrainent une disqualification progressive de ce droit d’auteur. Il n’échappe à personne que le « pompage » d’images y est généralisé. La mise en place des règles des Creative Commons n’est rien d’autre que la (tentative de) mise à niveau du droit. Elle a le grand mérite de prôner une séparation claire des utilisations commerciales et non commerciales et de rendre attentif à l’obligation de la mention de l’auteur. C’est déjà çà et on peut regretter que cette approche ne soit pas mieux comprise et utilisée, tant par les amateurs que par les professionnels.
• Les sites qui comme Youtube ou Flickr proposent des images ou des vidéos embedded, c’est-à-dire des contenus qu’on a le droit de relayer directement depuis son site aussi simplement qu’on le ferait avec la photo de son chat, contribuent (même si ce n’est pas leur but) à jeter de la confusion sur les notions de droit d’auteur. Certains utilisateurs ne saisissent pas complètement la différence entre l’embedding et l’appropriation pure et simple d’images « trouvées » sur le net.
• De nombreuses institutions publiques principalement anglo-saxones [3] ont déjà mis leurs collections de photos en ligne, souvent en libre accès (sous Commons). On ne peut évidemment que s’en réjouir. Mais bientôt, le public ne va plus comprendre pourquoi ces photos-là sont libres, alors que d’autres ne le sont pas et que d’autres encore le sont sous certaines conditions.
• Je ne reviendrai pas ici sur les droits liés à la musique (dont il a été largement traité ailleurs) si ce n’est pour relever qu’en la matière, le public est au moins d’accord sur le fait que la musique est le fruit d’un travail créatif qui n’est pas à la portée du premier venu et qui mérite d’être rétribué d’une manière ou d’une autre. Ce n’est plus la même chose pour la photographie, car, avec la formidable extension de la photo numérique on assiste à une banalisation extrême du geste photographique. Il est devenu tellement facile aujourd’hui d’obtenir une photo à peu près correcte et immédiatement exploitable, que beaucoup se demandent pourquoi on paierait encore quelqu’un pour le faire (ou l’avoir fait). On assiste à un grand paradoxe : d’un côté, la photo créative n’a jamais été aussi trendy (reconnaissance, prix, expositions, marché, galeries, etc), alors que dans les pratiques de tous les jours (utilitaires, pourrait-on dire) l’usage de la photo est devenu trivial. Il y a donc d’un côté, les « belles photos » que l’on respecte, et de l’autre, toutes les photos « normales » dont tout le monde peut disposer à sa guise. Bien évidemment, chacun fait valser les photos d’une catégorie à l’autre au gré de ses aspirations (arbitraires) ou de ses besoins momentanés.

Cette perception confusionnelle du statut des photos est relativement nouvelle. Elle est bien sûr très marquée sur internet, mais elle tend à s’étendre à d’autres sphères. L’affaiblissement des positions des détenteurs de droits qui en résulte n’a pas échappé à certains milieux ultralibéraux qui bataillent depuis toujours pour une dérèglementation du droit d’auteur à leur profit. Leur dernière grosse (grossière ?) attaque envers le droit d’auteur des images est arrivée des États-Unis vers le mois d’avril de cette année. Elle a fait l’objet de plusieurs alertes sur internet (en partie relatées sur ce blog). C’est l’affaire des oeuvres orphelines.

Une oeuvre orpheline

est une oeuvre protégée par le copyright, dont il est difficile, voire impossible de déterminer le détenteur des droits. Jusqu’à aujourd’hui, en conformité avec la Convention de Berne, toute oeuvre (...) est automatiquement protégée, du moment qu’elle existe (je simplifie). Ce principe rend l’usage d’oeuvres orphelines assez difficile, car il faut effectuer d’intenses recherches, pour au final, ne pas toujours trouver les ayants droit. Si l’image est déclarée orpheline, l’éditeur n’est pourtant pas à l’abri de surprises quand un ayant droit se déclare soudain. Le problème est peut-être bien réel, mais on perçoit immédiatement que la solution proposée poursuit des buts bien différents... Le projet de loi présenté au sénat américain propose de créer des bases de données d’images (payantes) dans lesquelles toutes les oeuvres protégées devront être inscrites pour être légalement protégées ! Je vous la redis pour que ce soit bien clair : Toutes les oeuvres non déclarées, quelle que soit leur provenance (le monde entier), pourront être utilisées sans copyright sur le sol américain ! Cela a créé une forte mobilisation de toutes les associations concernées aux États-Unis. Il semble qu’en Europe, on ne se sente que modérément touché... Pour beaucoup de photographes, le marché américain n’est pas une préoccupation. Mais ils changeront peut-être d’avis quand des éditeurs européens auront délocalisé leurs activités sur le sol américain... ou quand les grandes agences de pub feront travailler leur maison mère américaine avec des images « trouvées » en Europe !

Le Sénat américain ne s’occupe pas que des soubresauts de l’économie, le 26 septembre il a admis cette loi sans opposition ! Elle devrait bientôt être présentée à la Chambre des Représentants puis au Congrès. L’entrée en vigueur pour les oeuvres graphiques et photographiques est prévue pour le 1.1.2013. Le minimum serait certes de pétitionner - pétition ouverte au monde entier en ligne ici. Mais je pense qu’aujourd’hui, il est plus urgent et utile d’actionner des leviers politiques, en soulignant que cette loi, si elle est finalement adoptée, non seulement violerait les conventions internationales, mais affaiblirait considérablement le statut des créatifs du monde entier. Pour info : les 2 plus grandes banques d’images, Corbis et Getty, sont favorables à cette loi.

Si vous pensez que le phénomène des oeuvres orphelines et la tenue d’un registre des oeuvres à protéger est marginal, détrompez-vous. Olivier Ertzscheid, sur affordance.fr nous raconte combien Google a bataillé (et payé, finalement pas cher au regard des bénéfices attendus) pour pouvoir devenir à la fois le plus grand bibliothécaire et le plus grand libraire du monde ! Mais les livres, ce n’est qu’une étape. Le prochain objectif de Google, ce sont les films et la musique. Pensez-vous que les images (qui ne bougent même pas !) vont peser lourd dans cette bataille, si même le Congrès américain prépare le terrain à Google ?

Liens utiles :

Dont certains déjà cités plus haut

• Droit de citation
Pour un droit à la critique des images - ARHV - 24.09.2007
La publication scientifique en ligne face aux lacunes du droit français - ARHV - 22.08.2008

• Oeuvres orphelines
Dossier : Orphan Work Bill - bulb - 07.06.2008
Nous voulons vos photos - Edito de Photographie.com - 09.10.2008
Main basse sur les images orphelines - Bon article de Télérama que je viens de trouver et qui vous confirmera que je ne vous raconte pas des salades ;-)
A Million People Against the Orphan Works Bill - Pétition en ligne ouverte à tout le monde
Orphan Works Opposition Headquarters - Un des sites des opposants - La pétition qu’on y trouve ne convient pas aux extrazétazuniens. Par contre on peut y inscrire des Associations de tous pays !
Illustrators’ Partnership Orphan Works Blog - Autre site d’opposants - avec une lettre type pour artistes internationaux

• Documents droit d’auteur
Loi fédérale sur le droit d’auteur et les droits voisins - La révision partielle du droit d’auteur est entrée en vigueur le 01.07.2008
Page suisse de Creative Commons
Page française de Creative Commons
Page dédiée au droit d’auteur de Photoreporters - Swiss Press Photogaphers

Notes:

[1] Avec quelques exceptions douloureuses dans certains pays dictatoriaux.

[2] L’internaute Lambda est celui qui est habitué à recevoir tout gratuitement, sans s’être jamais posé de vraies questions sur les coûts réels des choses, fussent-elles immatérielles. S’il peut être occasionnellement producteur de contenus de valeur, il ne l’est pas professionnellement. Il est, en général, incapable de mesurer l’investissement intellectuel et matériel que requièrent certains des biens qu’il consomme. Il n’a entendu parler de droits d’auteur pour la première fois que récemment, à l’occasion d’une quelconque histoire de musiques téléchargées sur internet. Ce n’est pas un mauvais bougre, plutôt sympa, mais sûr de lui, il est pour le progrès, contre la guerre, contre le cancer, etc. Et il est très « nombreux »... puisque nous avons tous en nous un peu d’internaute Lambda.

[3] Liste non exhaustive ici.

Béat Brüsch, le 30 octobre 2008 à 18.22 h
Rubrique: Droit des images
Mots-clés: blogosphère , copyright , droit
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