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mot clé «photomontage»

Belle image, irréelle et amusante, aujourd’hui sur le site d’Astronomy Picture of the Day. Juste comme ça pour l’été, pour le rêve, pour la légèreté, en passant. Mais juste comme ça en passant, cela ne m’empêche pas de remarquer que chez les astronomes, on ne publie pratiquement que des photos bidouillées et que cela ne pose jamais de problème. Toutes les manips, qu’elles soient dans le dispositif de prise de vue ou postproduites sont consciencieusement déclarées, expliquées. N’a-t-on jamais traité les astronomes de menteurs ?

Voir l’original et les explications ici.

Béat Brüsch, le 3 août 2010 à 13.06 h
Rubrique: A propos d’images
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Le site Astronomy Picture of the Day (APOD), que j’ai déjà évoqué ici, a fêté hier ses 15 ans d’existence. Pour l’occasion, l’image du jour était un tableau de Vermeer - Le savant et le géographe - repixellisé par quelques-unes des 5000 images publiées sur le site. Ce procédé où les pixels sont remplacés par autant de photos n’est certes pas nouveau, mais cette espèce de mise en abîme est toujours spectaculaire.

Passer la souris pour voir avant/après

S’agissant de photos de la NASA, je ne peux m’empêcher de mettre cette image en parallèle avec celle publiée sur mon billet précédent qui faisait voir la première photographie numérisée connue. Quel chemin parcouru, depuis cette représentation de la planète Mars au moyen de gros pixels coloriés à la main, jusqu’à cette nouvelle image dont chaque pixel contient - en puissance - une photo de notre univers en haute résolution ! Le vertige technologique de 35 ans séparant ces deux images pourrait bien se calculer en années/lumières !

JPG - 34.6 ko

Détail

D’autres éléments ont cependant retenu mon attention. Le tableau de Vermeer choisi avait déjà été utilisé une première fois pour célébrer les 5 ans d’existence d’APOD, puis à nouveau pour les 10 ans. Les deux astronomes, fondateurs et animateurs du site, Robert Nemiroff et Jerry Bonnell, se sont plu à se voir représentés ainsi. Une nouvelle version de cette image pour les 15 ans était devenue un passage obligé. Or, je n’ai pas remarqué tout de suite que le Vermeer en question n’a jamais vraiment existé... il s’agit d’un compositage de deux de ses tableaux ! [1]

Comment ai-je pu être leurré (un moment) par cet artifice ? Les auteurs de ce clin d’oeil ne le cachent pourtant pas, puisqu’ils indiquent sous l’image : « Credit & Copyright : Apologies to : Vermeer’s Astronomer and Geographer ». Pressés de découvrir l’image, nous ne nous attardons pas sur le titre du tableau et ne réalisons pas qu’il y est fait mention des 2 tableaux. Le mot « apologies » (excuses) aurait pourtant dû nous mettre la puce à l’oreille, tout comme la mention, plus loin dans le texte, d’un composite ! On a beau dire et redire que la légende est partie intégrante du dispositif photographique pour lui donner du sens, on ne se prête pas toujours à ce jeu !

Cet aller/retour entre texte et image qui nourrit le discours n’est sans doute pas jugé utile lorsque l’image qu’on nous montre semble connue et aller de soi. C’est du moins ce qui m’est arrivé, car je crois connaitre ce savant et ce géographe. Je les ai vus et admirés cent fois ; tellement que dans mon esprit, ils étaient déjà réunis dans une même image ! (Rangés dans le tiroir Vermeer, en quelque sorte ;-) Il faut dire que Vermeer a réalisé un bon nombre de ses peintures devant cette fenêtre et que pour le savant et le géographe il y a des similitudes, dans les objets du décor (table, tissu drapé, armoire, mappemonde, etc), jusqu’au modèle ayant posé pour le personnage. Selon les experts, les 2 peintures auraient été créées en vue d’être accrochées côte à côte. Dans cette Hollande du XVIIe, dont le commerce repose sur les performances de ses grands navigateurs, astronomie et géographie étaient deux sciences associées. [2] Voilà qui unit encore un peu plus ces 2 peintures ! Détail amusant : dans le montage on a gardé les 2 mappemondes visibles sur chacun des tableaux sources alors que nous savons qu’il s’agit du même objet ayant servi plusieurs fois de modèle.

Le petit nombre d’oeuvres de Vermeer - seuls 37 tableaux lui sont attribués - peut parfois donner l’impression qu’on sait tout de ce peintre. Il n’en est évidemment rien. La quantité n’est pas la mesure du génie d’un peintre, tout comme la dimension de ses tableaux - ceux de Vermeer étant de dimensions étonnamment modestes. La plupart de ses toiles sont très connues du public et je pense qu’ils doivent être nombreux, ceux qui comme moi, ont pris l’astronome et le géographe pour un unique tableau de Vermeer ;-)

La présence de Jan Vermeer dans ces pages, d’ordinaire consacrées à la photographie, n’est pas aussi étrangère qu’il y parait. Avec Léonard de Vinci, Vermeer aurait été un des peintres ayant le mieux utilisé la camera obscura pour la réalisation de ses vues. La surface sensible en moins, cette chambre noire ressemble étrangement aux premiers appareils photographiques.

Notes:

[1] L’astronome et le géographe

[2] Sur cette page de l’excellent site du catalogue de Vermeer (Special Topics)

Béat Brüsch, le 18 juin 2010 à 00.43 h
Rubrique: Regarder en ligne
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Après un de mes récents billets consacré à des photos jugées trop photoshopées, continuons dans le bon goût et la poésie avec les bizarres images d’actualités parues dans le Blick [1] et reprises par le 19:30. [2]

Suite à un match de football qui s’est terminé en bataille rangée de supporters, Christian Gross, l’entraineur de l’équipe de Bâle a été agressé dans un tram. N’ayant probablement pas de photos du tout ou en tout cas rien de présentable, le Blick (édition du 19 mai - diaporama visible sur leur site web ici) a eu recours à un procédé original : il a demandé à un des dessinateurs de presse « maison » de suppléer à ce manque. Le résultat est présenté sous la forme de photos puissamment manipulées.

Leur aspect - qui peut faire penser à des photocopies coloriées - est obtenu facilement par des filtres fournis en standard avec Photoshop. Les textures sont suffisamment éloignées du fini photographique habituel pour placer ces images dans le camp des illustrations dessinées... mais tout le monde sent bien la photo qui est derrière. C’est très malin, car cela permet au Blick de jouer en même temps sur 2 tableaux : la liberté du dessin et la caution de vérité apportée par la photo. Le rendu grossier de ces images permet de fabriquer et retoucher la scène, pratiquement au gros feutre, sans trop se soucier de la bonne concordance des divers éléments rapportés. Les erreurs et imprécisions manifestes sont mises sur le compte de la « touche artistique ». Le dessin autorise toutes les fantaisies, mais on ne lui accorde aucun crédit. Par contre, la photo qui transparait derrière chacun des éléments rétablit ce déficit en se portant garante de la vérité des faits.

Faut-il appeler cela un nouveau pictorialisme ? Il me semble que le pictorialisme fut pratiqué pour des raisons esthétiques. Nous en sommes bien loin ici. Ces images servent d’autres desseins bien plus prosaïques. Il faut fournir au lecteur avide de sensations, son lot d’images-chocs, quitte à fouler au pied les beaux principes de cette déontologie journalistique si souvent évoquée en temps de mauvaise conjoncture. Mais il est vrai que le Blick ne semble pas trop souffrir de la crise... serait-ce là la recette ?

Le plus étonnant est que le Téléjournal nous resserve ces images presque sans broncher. Dans cet extrait (01:31) du TJ d’hier soir, on évoque tout juste leur provenance avant de les présenter - ok, de façon à ce qu’on comprenne qu’il s’agit de la reproduction d’un journal - mais avec tout de même une valeur de témoignage égale à n’importe quelle autre image d’actualité. C’est confondant... dans tous les sens du mot. Je cherche toujours à comprendre si cette provenance, tout juste évoquée, suffit à placer ces images dans leur contexte... Et dans ce cas, la provenance « Blick » est-elle une excuse entendue pour leurs qualités discutables ? Ou sont-elles citées comme une source fiable provenant de confrères estimables ?

Notes:

[1] Journal de boulevard de Suisse allemande, 2e plus gros tirage du pays

[2] L’édition de 19h30 du Téléjournal de la Télévision Suisse Romande

Béat Brüsch, le 21 mai 2009 à 01.06 h
Rubrique: A propos d’images
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C’est bien beau de parler doctement de retouche d’images et d’en évaluer la légitimité. Mais c’est aussi oublier un peu les éternels maladroits qui sévissent dans cette activité comme partout ailleurs. Photoshop Disasters est un blog qui répertorie les plus drôles et les plus voyantes de ces maladresses. Certaines images sont confondantes de naïveté et en disent long sur la conception du monde de leurs auteurs ou de leurs commanditaires.

Vous y verrez...

JPG - 64.9 ko

... un Lancelot transi d’amour pour une lady à 3 mains

JPG - 47.7 ko

... une playmate née dans une feuille de chou, car elle ne porte pas la trace de son cordon ombilical

JPG - 36.8 ko

... ou la main de l’homme invisible

Le blog n’est vieux que d’un mois et il compte déjà plus d’une trentaine d’exemples. Je lui prédis un brillant avenir, car la source n’est pas près de tarir...

Béat Brüsch, le 20 mars 2008 à 16.50 h
Rubrique: A propos d’images
Mots-clés: photomontage , retouche
Commentaires: 3

Souvent, quand une photo montre un fait visuel étonnant et bien réel, au sens qu’il a existé, on mentionne que la photo n’a pas été retouchée. Je l’ai fait moi-même récemment pour vous présenter une photo un peu bizarre. J’ai le sentiment que cette pratique se répand. Je me suis demandé quelles conditions pouvaient dicter cette attitude... Cela est-il dû simplement à des menaces de véridicité planant sur le statut des images d’aujourd’hui ? Que cherche ainsi à nous dire l’auteur ? Cherche-t-il a renforcer, ou à légitimer, la valeur d’une performance ? Certains photographes jouent-ils à se confronter aux limites de la crédibilité ? Mais aussi, comment certaines de ces images « incroyables » arrivent-elles à se passer du recours à la petite phrase d’avertissement ? Petites digressions à l’aide de quelques images « limite »...

Celui qui suscite le plus remarquablement ce type d’interrogation est Philippe Ramette. Bien que produisant des photos, je ne pense pas qu’on puisse qualifier cet artiste de photographe. Il se met en scène dans des positions incongrues et se fait photographier pour attester de sa performance. Il a besoin pour cela d’un appareillage technique qu’il appelle « prothèses ». Ses mises en scène acrobatiques et qu’on imagine assez inconfortables seraient en général bien plus faciles à réaliser par des techniques de montage photo. Alors, pourquoi le faire « pour de vrai » ? On peut remarquer que Ramette ne met pas la petite phrase de mise en garde sous ses photos (ses exégètes le font pour lui) mais il explique, en interview, que les photos sont une finalité dans son travail : « Les sculptures doivent être considérées à travers la finalité qu’est la photo. » L’artiste expérimente donc physiquement, ce qui ne devrait être qu’un processus intellectuel. Il fixe ainsi les limites extrêmes auxquelles un corps humain peut se plier pour se projeter dans une image romantique. Une sorte d’expiation pour passer de l’être à l’esprit. La photo est utilisée ici pour « valider », pour nous dire « qu’il l’a fait » et accessoirement pour nous faire réfléchir à cette action, sans pour autant nous donner d’autres clés que ses spécifications techniques.

Le photographe Denis Darzacq a publié en 2006 une série de photos intitulée La Chute. En des instantanés saisissants, il a fixé des personnages en état de chute, juste arrêtés au-dessus du sol. Il s’agit de danseurs de Hip Hop ou d’autres danses acrobatiques. Ses images sont un peu énigmatiques et présentent un côté incroyable qui justifie qu’on puisse douter un instant de la réalité de ce qu’elles présentent. Dans son dossier de presse, Denis Darzacq déclare : « J’aime qu’à l’ère de Photoshop, la photographie puisse encore surprendre et témoigner d’instants ayant réellement existé, sans trucages, ni manipulations ». Son travail formel veut nous faire ressentir toute l’énergie, mais aussi la fragilité, d’une jeunesse de banlieue en butte à des barrières sociales impitoyables (les corps, mous / l’architecture, dure). Le doute qui s’instille dans notre esprit à la découverte de ces images se transforme en force d’évidence parce que d’emblée on nous informe sur le contexte de ces images. Si on devait les découvrir sans légende, ou avec juste une mention « images non retouchées », elles seraient peut-être inopérantes. Les instantanés produisent parfois des images à l’aspect quasi irréel, car le gel du temps nous révèle un point de vue que nous ne pouvions pas avoir avant, tant le mouvement était rapide. En ce sens, bien que le moment capturé par l’appareil photo ait existé, on peut parler d’une « manipulation » : une image arrêtée d’une action très rapide peut certes apporter un éclairage documentaire, mais elle ne peut pas être considérée comme relatant une vérité tangible. Le temps, nous le savons tous, ne s’arrête pas. Les lois de la gravité non plus. Les images de Darzaq n’échappent pas à ces considérations, mais ici, l’ambiguïté produite par l’instantanéité en fait des images captivantes.
Denis Darzacq a reçu le 1er Prix « Stories » du World Press Photo 2007, Catégorie Arts & Entertainment pour cette série « La Chute ». Il est représenté par l’agence VU. Denis Darzaq est habitué aux jeux avec la vérité, aux fausses certitudes que captent nos regards. Sa série Fakestars nous montre de parfaites soucoupes volantes, comme il les a vues...et comme la prise de vue les a figées. Et ces photos-là sont sûrement garanties sans retouches ! Le contraire ,dans ce contexte, serait absurde.

Ayant abordé le thème de la chute, je ne peux m’empêcher d’en signaler quelques autres :
• À commencer par celle d’Yves Klein qui se jeta dans le vide le 19 octobre 1960. La photo de son « Saut dans le vide » fit rêver un moment, mais n’a pas droit au label « Réalisé sans trucage » (quelle importance ?). Dialogus l’a interviewé (Attention, il n’y a pas que les photos qui peuvent être truquées, les interviews de Dialogus sont imaginaires, mais ils sont bien documentés.)
Kerry Skarbakka est un artiste américain qui a fait des chutes et déséquilibres en tous genres le centre de ses recherches. Là aussi, la photo sert de témoin. Lors d’actions importantes, comme la chute depuis un immeuble, c’est la presse et les badauds avertis, qui se chargent d’immortaliser ce qui ressemblerait fort à des actes de bravoure s’il n’y avait un engagement artistique.
• Vous trouverez d’autres adeptes des chutes chez Harlan Erskine.

Ces gens n’étant pas suicidaires, il est normal qu’ils prennent des dispositions (comme les cascadeurs) pour ne pas se blesser. Dès lors, question stupide : quand on dit « sans trucage », entend-on « sans trucage photographique » ou « sans trucage dans le dispositif de prise de vue » ?
- Du point de vue photographique, la réponse à cette question n’a qu’un intérêt anecdotique. Du moment qu’il y a une astuce, quelle importance cela peut-il avoir qu’elle intervienne avant, pendant ou/et après la prise de vue ? Cela permet, une fois de plus, de souligner le fait qu’une photo n’est que le résultat d’une suite de manipulations (choix du sujet, angle de prise de vue, cadrage, transposition sur une échelle de tonalités, instant, etc). Comme le remarque Joan Fontcuberta, « ... le terme même de "photographie manipulée" est une tautologie flagrante. » [1]
- D’un point de vue artistique, la réponse peut évidemment être plus complexe. Elle devra prendre en compte toute une démarche conceptuelle dans laquelle la photo ne représente qu’une partie. Cela n’est pas l’objet de ce billet.

Voici encore une chute, mais d’un tout autre genre. Cette image intense de Mahmud Hams nous fait ressentir un moment de guerre particulièrement dangereux. On frémit à l’idée de se trouver là à cet instant. Rarement les éléments d’un drame imminent n’ont été aussi visibles sur une photo. L’image est suffisamment étonnante pour susciter des questions et pourtant, il me semble qu’il ne viendrait à l’idée de personne d’en contester la véracité. (Cette image serait pourtant facile à fabriquer en photomontage.) Je ne m’en explique pas vraiment la raison et je nage sûrement en pleine subjectivité... La sensation d’urgence et l’émotion qu’elle dégage sont-elles capables d’annihiler nos barrières ? On connait d’autres critères, en général liés à des conditions de prises de vue précaires (flou de bougé) qui donnent du crédit aux images. Il y a certes un peu de cela, ici, mais la prise de vue est plutôt bien maîtrisée (quel sang froid !). Alors ? Peut-être qu’un peu d’adrénaline a réellement passé derrière l’objectif :-) Mahmud Hams a gagné le Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre 2007 pour son reportage dans la bande de Gaza d’où est tirée cette photo.

À ma connaissance, les photos de presse ne sont pas munies de la petite phrase garantissant l’absence de retouche. Et pour cause, la presse n’étant pas censée nous mentir, cette pratique serait un terrible aveu ;-)

Je n’ai pas la prétention d’avoir fait le tour de mon sujet. Je ne pense pas non plus qu’on puisse tirer une quelconque conclusion générale suite à ces exemples. Mais une petite question reste posée : certaines photos devront-elles à l’avenir revendiquer ouvertement une authenticité ? Ou au contraire, sauront-elles imposer leur vérité par la seule évidence de leur contenu ?
Quand je dis « leur vérité », je ne précise pas le type de vérité que cela peut recouvrir... Mais cela est une autre histoire dont nous reparlerons certainement...

Notes:

[1] Joan Fontcuberta - Le Baiser de Judas : Photographie et vérité, Actes Sud, 222 p. (ISBN 2-7427-5778-3), p.109 et 160

Béat Brüsch, le 16 mars 2008 à 17.25 h
Rubrique: A propos d’images
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