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histoires d’images, points de vue,


La nouvelle photo du Conseil fédéral est sortie. Je reprends donc la saga de cet exercice annuel de suissitude officielle. Cette année, c’est au tour du Conseiller fédéral Hans-Rudolf Merz d’être le Président de la Confédération et c’est donc à notre ministre des finances qu’échoit la responsabilité de la photo officielle. Autant le dire tout de suite, cette année on a voulu faire dans le pratique et le consensuel et on redescend d’un ou deux crans dans l’audace et l’expressivité.

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Conseil fédéral 2009

Photo Michael Stahl

Un des éléments qui frappe d’emblée est que l’image ne montre aucun contact entre les acteurs. C’est très pratique, car on peut alors échelonner les prises de vues, l’un ou l’autre de ces personnages surbookés pouvant ne pas être libre au bon moment. Pratique toujours, pour le photographe qui n’a pas la grande difficulté de devoir obtenir le bon sourire « cheese » pour tous les membres du groupe au même instant décisif. En agrandissant, on peut voir de petits indices montrant un détourage, ce qui signifie que les personnages ont pu être interchangés. Mais je ne vois là rien de répréhensible, c’est une remarque technique. L’ennui, quand on réalise la prise de vue des personnages séparément du décor, c’est qu’il faut être très habile pour réaliser l’intégration. Ici, elle est ratée, car les ombres immédiates autour des pieds sont faibles ou manquantes, ce qui a la fâcheuse conséquence de faire planer nos édiles au-dessus du sol. Autre problème au niveau des pieds, on voit bien que les acteurs ne sont pas issus du même univers colorimétrique que le décor. Une couleur aussi intense que ce rouge devrait se propager un peu sur les souliers.

Métaphoriquement, ces personnages - isolés dans une photo de groupe - en disent long sur la cohésion nationale et n’annoncent pas de grands progrès sur le plan de la collégialité, bien que de grandes promesses aient été faites dans ce sens par la majorité plus une voix du Conseil national. Je comprends mal que cet aspect ait pu échapper à nos stratèges visuels.

Pour faire joli et consensuel, on a nimbé cette réunion forcée dans une aura sinusoïdale d’étoiles de croix suisses scintillantes, véritable patriotisme de pacotille évoquant une publicité de Noël pour supermarché. Cette démultiplication décorative de croix suisses devrait-elle évoquer une Suisse multiple ou une Suisse fragmentée, au bord de l’explosion ? Difficile de jouer sur les symboles, n’est-ce pas ? C’est pourquoi je propose qu’à l’avenir - et je suis sérieux - on s’adresse plutôt à une agence de communication, dont c’est le métier de maitriser les visuels, qu’ils soient symboliques ou non.

Nos 7 Conseillers fédéraux sont 8 sur l’image... rassurez-vous, ce n’est pas le directeur de l’UBS qui a été invité sur la photo. Le 8e personnage est Madame Corina Casanova, Chancelière de la Confédération.

Les épisodes précédents de la saga sont à revoir ici et ici. (Nos amis français y retrouveront quelques explications sur notre système politique, qui doit leur sembler bien compliqué.)


Addenda du 31.12.2008:

Comme le mentionne Photoculteur dans son commentaire ci-dessous, le Téléjournal a aussi présenté cette image. L’« expert » à qui on a demandé son avis a plutôt bien aimé cette photo... enfin, selon des critères plutôt pipoles et dans un style qui ferait très « micro-trottoir » s’il n’avait été tourné sous les lambris d’un palace. Or, il faut savoir que cet habitué de nos médias locaux n’est autre que Monsieur Pierre Keller, directeur de l’ECAL (École cantonale d’art de Lausanne). On aurait pu attendre un peu plus de hauteur et de sens critique de la part d’une personne en charge de la formation des élites du design de demain. Mais, Monsieur Keller, en fin diplomate et politicien avisé, a sûrement de bonnes raisons d’être respectueux de l’establishement.

Béat Brüsch, le 31 décembre 2008 à 17.53 h
Mots-clés: dispositif , peoples , société
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Swiss Press Photo 2008

Swiss Press Photo a désigné ses lauréats pour 2008. Le grand prix est décerné à Charles Ellena pour une photo de... Christophe Blocher ! « Kopfertami nonemôôl, encore lui ! » [1] ne peut-on s’empêcher de dire. Depuis son éviction du Conseil Fédéral jusqu’à sa récente et pathétique re-candidature pour le même poste, la presse et les autres médias n’en peuvent plus de nous abreuver de tout ce qui touche de près ou de loin à ce personnage. Sur son blog Piques et répliques, Daniel Schöni-Bartoli relève que Le Matin lui a consacré 8 articles en 4 jours : [2] ...« Il reste une vingtaine de jours jusqu’à l’élection d’un nouveau membre du gouvernement en remplacement du démissionnaire. Va-t-on assister à un déluge blochérien quotidien pendant ces 3 semaines ? Nous arrivons à une personnalisation de la politique totalement hors de proportion avec les pratiques habituelles de notre pays. Le Matin a aussi convoqué tout le ban et l’arrière-ban de l’UDC ainsi que les dirigeants des autres partis pour commenter la chose, pour la faire mousser un maximum... » On peut aussi se demander quel attrait ce pesant personnage peut avoir par rapport à des pipole bien plus légers et agréables à l’oeil du lecteur du Matin ? Peut-être faut-il y voir le rôle de l’ogre, qui à l’instar de celui des contes, est plébiscité par les enfants malgré la peur qu’il engendre ?

Toutefois, la photo lauréate (parue dans Le Matin) se distingue de l’imagerie habituelle. Lors d’une grande manifestation du parti UDC à Berne, le photographe Charles Ellena ne s’est pas joint à la meute de ses collègues qui traquaient l’agitation en ville. Il s’est posté auprès de Blocher attendant le signal de départ pour la manif. On le voit de loin (au grand angle) dans un jardin public, avec son épouse, attendant sagement le signal de départ du cortège. Tous les deux sont entourés d’une meute de gardes du corps. J’en dénombre 9, mais il y en a peut-être d’autres planqués dans les fourrés ou simplement hors champ. En Suisse, un tel déploiement est assez inhabituel. Il faudrait une visite d’état de la part d’une très grande puissance mondiale pour engendrer de pareils dispositifs. Que veut donc nous dire cette photo ? Que Blocher est un grand homme superpuissant ? Qu’il est le roi du pays ? Que des méchants lui veulent du mal et qu’il doit s’en protéger ? Qu’il accepte avec courage de se battre pour notre bien ? Ou simplement la (relative) solitude du pouvoir ?

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© Charles Ellena - Keystone - Swiss Press Photo

A l’époque, Blocher était encore (pour 2 mois) Conseiller fédéral et accessoirement chef du Département fédéral de justice et police. La manifestation à laquelle il se rendait (6 octobre 2007) devait réunir 10’000 partisans de l’UDC. Elle était ressentie comme une manifestation de force, une provocation, qui ne pouvait laisser indifférents une gauche radicale et les casseurs. On pouvait donc bien s’attendre à quelques débordements. Fallait-il pour autant une garde rapprochée de cette importance ? N’étant pas spécialiste en matière de protection du patrimoine politique, je ne me prononcerai pas. Par contre, ce dont je suis sûr, c’est que dans un pays où l’on peut aisément croiser des représentants de nos plus hautes autorités dans des lieux publics sans qu’un service d’ordre se fasse remarquer, cet étalage ostentatoire de bodyguards est frappant.

Derrière son aspect anecdotique, cette photo, véhicule des messages bien plus forts que les portraits un peu bonasses du personnage auxquels nous sommes habitués. On y trouve la manifestation d’une puissance calme, sûre d’elle et intouchable. Peut-être que ce spectacle n’a pas été mis en scène par Blocher et ses communicants (qui ne sont pourtant pas nés de la dernière provocation) et dans ce cas, c’est tout à l’honneur du photographe de l’avoir débusqué.

D’autres photographes ont été distingués par le jury :
- Magali Girardin, Genève, pour un travail sur la prostitution masculine
- Ruth Erdt, Zürich, pour une série d’images avec ses propres enfants
- Olivier Vogelsang, Genève, qui gagne 2 prix, l’un pour des fans de l’équipe suisse de football et l’autre pour des danseuses et des danseurs du Ballet du Grand Théâtre de Genève.
- Jean Revillard, Genève, pour ses photos d’abris provisoires d’immigrés clandestins dans les bois environnant Calais. Cette série avait déjà été récompensée d’un prix au Worldpress 08 et lui avait valu quelques critiques, dont celles de Louis Mesplé (Rue89).

Les photos lauréates sont à voir ici. La description de tous les prix distribués se trouve ici. On peut obtenir le catalogue en librairie ou directement chez l’éditeur.

Notes:

[1] Kopfertami nonemôôl
Juron très commun en Suisse alémanique, correspondant à peu près à « nom de dieu ». Essai d’éthymologie...
Kopfertami : Gott verdammt = littéralement : dieu damné
nonemôôl : noch einmal = encore une fois (s’utilise comme « une fois » en Belgique)

[2] Depuis la date de ce billet, ça continue évidemment. Il faut dire aussi que les autres journaux ne sont pas en reste, mais je n’ai pas compté !

Béat Brüsch, le 30 novembre 2008 à 18.57 h
Mots-clés: peoples , photojournalisme , presse
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Le cas de Carl Just dont on a parlé récemment en Suisse m’a interpellé et j’ai voulu en savoir plus. J’ai abordé plusieurs fois le photojournalisme de guerre dans ce blog et le fait que Carl Just ne soit pas photographe ne change pas grand-chose au fond.


Carl Just (52 ans) a été reporter de guerre pendant plus de 25 ans pour le compte de titres tels que Stern, Schweizer Illustrierte, Blick, etc. Ce grand reporter a ainsi suivi de très près les guerres, massacres et autres génocides qui ont ensanglanté le monde. Il a assisté aux guerres Iran-Irak dans les années 80, aux 2 guerres du golf et aux guerres de l’ex-Yougoslavie. Il a couvert les conflits libanais et israélo-palestiniens. En 2002, il reçoit le prix Ringier pour des « performances journalistiques exemplaires ». 2 ans plus tard, il est brisé, il souffre de stress post-traumatique. En juillet 2007 il est licencié par son employeur, le groupe Ringier [1]. Estimant que son employeur n’a pas reconnu sa maladie et que celle-ci était imputable à son travail, il se tourne vers le tribunal des prud’hommes. Lors du procès, le 4 septembre 2008, les avocats des 2 parties ont convenu d’un dédommagement dont le montant n’a pas été communiqué. [2] L’avocat de Carl Just a déclaré que cette transaction n’avait pourtant pas force de loi.

Le Post-Traumatic Stress Disorder (PTSD)

ou état de stress post-traumatique (ESPT), est une affection qui est bien connue dans les pays ayant une armée en guerre. Sa réalité est vieille comme le monde, mais son étude et sa reconnaissance sociale sont plutôt récentes. De la part des autorités, cette reconnaissance est souvent difficile, surtout pour des motifs de propagande négative qu’on peut aisément imaginer mais aussi pour de simples raisons pécuniaires. Le public est cependant sensibilisé aux problèmes des retours de guerre depuis celle du Viet Nam qui a engendré bon nombre de films qui rompaient avec une tradition du film patriotique hollywoodien. Ces films abordent de différentes manières les problèmes soulevés par le PTSD, que celui-ci survienne pendant les combats ou au retour de guerre. Le cinéma ayant joué un rôle majeur dans la reconnaissance de ces troubles, je m’en remets à un texte consacré au cinéma [3] pour citer une définition du PTSD :
« ... Le PTSD est défini comme une névrose de guerre chronique attenante à toutes les misères et horreurs subies pendant les hostilités ou à l’effroi éprouvé lors d’un évènement unique, tel que combat rapproché, embuscade, bombardement, arrestation, déportation, torture. La névrose se déclenche après un temps de latence qui peut aller de plusieurs mois à quelques années et se traduit par des souvenirs obsédants, des visions hallucinées, des cauchemars, des accès d’angoisse ou d’irritabilité, un sentiment d’insécurité permanent, une peur phobique de tout ce qui rappelle la guerre ou la violence, l’impression d’être incompris, une forte lassitude, ainsi qu’une tendance au repli sur soi dans d’amères ruminations. Si auparavant les médecins mettaient ces symptômes sur le compte de la dépression, l’apparition croissante des séquelles tardives des vétérans du Vietnam entre 1975 et 1980 attirèrent l’attention des professionnels de la santé mentale, de l’administration des vétérans et des pouvoirs publics. Au lieu de prescrire aux vétérans des antidépresseurs qui ne font qu’écrêter les symptômes sans résoudre la cause du mal, on a pu mettre en place un accompagnement psychiatrique adapté. On utilise par exemple "la propre parole du patient (verbalisation cathartique) pour lui faire prendre son indicible trauma à son compte, lui qui, ancré dans son statut de victime, n’en voulait rien savoir"... »
Voilà pour les soldats.

Ce qu’on sait moins, c’est que les journalistes

confrontés aux mêmes horreurs peuvent développer les mêmes traumatismes. [4] S’ils sont journalistes de guerre et donc exposés de manière répétée, les risques sont évidemment plus marqués. Selon une synthèse de différentes études présentée par le Dart Center [5] :
- Seuls 5.9% de photojournalistes exposés à des événements tragiques présentent des risques de développer un PTSD. Ils sont 4.9% dans la presse écrite.
- S’agissant de reporters de guerre, les risques pour le PTSD se montent à 28%, les risques de dépression à 21% et les risques liés à l’alcool et aux autres drogues à 14%. Sources et page complète ici. Une autre étude a par ailleurs montré que les journalistes de guerre « embedded » présentaient les mêmes taux de risques de développer un PTSD que les autres.

Les problèmes liés au PTSD des journalistes sont peu pris en compte de ce côté de l’Atlantique. Carl Just déclarait dans une interview télévisée (v. plus bas) : « J’ai eu la malchance de tomber - dans cette Suisse pacifique - sur un éditeur relativement petit, d’un point de vue international, et d’incarner le premier cas (ndlr : de PTSD). Je dois assumer cela. Je le fais... Comme si je n’avais pas déjà assez fait la guerre ! »

Les Américains sont des pionniers en la matière, normal, ils sont aussi les plus belliqueux ! [6] On y trouve bien sûr de nombreux organismes (privés, associatifs, charitables et même gouvernementaux) s’occupant des soldats de retour de guerre. Depuis le début des années 90, les reporters de guerre y bénéficient de structures spécifiques. Les grands groupes de presse d’outre-Atlantique en sont partie prenante et ont mis en place des procédures de diagnostic pour les journalistes exposés ou l’ayant été. D’autres mettent sur pied des cours préventifs pour apprendre à gérer des situations de grand danger. Les photographes (et cameramen) de guerre sont plus exposés que d’autres journalistes de guerre, car ils sont obligés de travailler très près des dangers. Et le Dr Feinstein [7] de rappeler le mot de Capa : « Si vos photos ne sont pas assez bonnes, c’est que vous n’étiez pas assez près. »

Dans une interview

réalisée par le Tages Anzeiger [8], Carl Just nous raconte sa vie actuelle, retiré à la campagne, loin du fracas du monde. Il détaille quelques cauchemars post-traumatiques qui le font replonger régulièrement, puis il nous parle métier. Extraits...
« – Pourquoi êtes-vous devenu reporter de guerre ?
– Quand j’étais jeune homme, j’étais persuadé qu’il suffirait que j’écrive 4 articles contre Le Mal pour que le monde devienne meilleur. J’étais politiquement très à gauche. Plus à ma gauche, il n’y avait guère que le mur de Berlin. À l’époque, certains films qui honoraient les reporters de guerre étaient populaires : par exemple, « Under Fire » avec Nick Nolte. C’est cet amalgame qui m’a fait devenir reporter de guerre. Quand, de retour du front, je rentrais à la maison ou au bar de l’hôtel, j’étais un héros pour les gens : quand je racontais, ils étaient suspendus à mes lèvres. Et les plus belles femmes étaient à mes pieds. C’est ainsi qu’on devient un macho.
– Étiez-vous devenu accro à ce style de vie ?
– (...) L’adrénaline provoque-t-elle une dépendance ? Probablement oui. En tant que reporter de guerre, tu finis par devenir arrogant et présomptueux : parfois quand je me trouvais en Suisse, je disais aux gens : « Que sais-tu donc des vrais problèmes de ce monde, la Suisse est tellement ennuyeuse ». Tu te mets alors en quête d’un « shoot » d’adrénaline et tu repars dans une région en guerre.
...
– On reproche aux reporters de guerre de se laisser embrigader par les parties et de témoigner unilatéralement. Étiez-vous un journaliste « embedded » ?
– L’opinion est fabriquée loin du théâtre des opérations. Les rédacteurs en chef dînent avec des politiciens importants et décident ensemble qui est le gentil et qui est le méchant. De retour à la rédaction après un reportage, mon chef me racontait ce qu’il en était de la situation sur place, là d’où je revenais. Ils construisaient l’histoire que je devais raconter. Longtemps je n’ai pas remarqué que j’étais manipulé par la rédaction. En même temps, ils me célébraient comme leur envoyé spécial (Mann vor Ort). »

La veille de son procès, la TV Suisse alémanique a diffusé une interview de Carl Just que l’on peut voir ici. - Scrollez la page jusqu’à : Kriegsreporter gegen Ringier : Prozess wegen Kündigung. (Les réponses de l’interviewé sont en dialecte suisse allemand, une langue hors de portée des non-initiés ;-)

Pour Carl Just, dans ce procès il en allait de sa réhabilitation

et de ce point de vue, il est relativement satisfait. Mais le plus important pour lui était de lancer ce thème du PTSD. On a ainsi pu apprendre à quels risques les journalistes en terrain de guerre pouvaient s’exposer en plus des dangers physiques immédiats.

C’est un début. Le procès ne fera pas jurisprudence. D’après ce qu’on peut constater en lançant quelques recherches sur internet, en Europe, le sujet du PTSD des journalistes reste très confidentiel, cantonné à quelques publications scientifiques s’adressant à des chercheurs. (Mais c’est bien volontiers que je publierai un démenti à cette affirmation ;-)

Notes:

[1] Ringier (Blick, Schweizer Illustrierte) est le plus grand éditeur de presse suisse. (Edipresse est le 2e, alors que Tamedia, éditeur du Tages Anzeiger est le 3e.)

[2] Carl Just réclamait 200’000 francs suisses.

[3] Il était une fois le cinéma - Les traumatismes psychiques de guerre dans les films américains de 1975 à 1980 : vers une reconnaissance sociale des vétérans du Vietnam - Article de Rémi Forte

[4] Des catégories de personnes de la vie civile sont évidemment concernées aussi : victimes ou témoins de prises d’otages, d’accidents, de catastrophes naturelles, d’attentats, de viols et de toutes formes de violence.

[5] Le Dart Center est un réseau de journalistes, formateurs de journalistes et professionnels de la santé s’occupant de tous les aspects de la couverture médiatique d’évènements tragiques. Il s’inquiète aussi de l’impact qu’ils peuvent avoir sur les journalistes qui couvrent ce type d’événements.

[6] J’aimerais trouver une étude qui recenserait les jours ou ce pays n’est pas en train de guerroyer quelque part !

[7] The War Inside - article en anglais sur les travaux du Dr Feinstein. Le Dr Anthony Feinstein est un spécialiste du PTSD, qui préside un site internet - sponsorisé par CNN - que les journalistes peuvent utiliser pour une auto-évaluation de leurs risques de présenter des syndromes en rapport avec le PTSD.

[8] Tages Anzeiger - Schweizer Starreporter : Immer wieder den Krieg im Kopf - Interview Dario Venutti. Aktualisiert am 11.11.2008

Béat Brüsch, le 17 novembre 2008 à 23.34 h
Mots-clés: guerre , photojournalisme , société
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Dans un billet récent, André Gunthert nous fait part d’un phénomène nouveau qu’on pourrait bien appeler l’imputation de retouche. Il nous signale que le site PhotoshopDisasters a cru déceler une retouche là ou il n’y avait qu’un effet de miroir un peu pernicieux. Nous sommes tellement sensibilisés aux possibilités de retouches d’images que nous pensons en voir là ou il n’y en a pas !

Une autre controverse autour d’une retouche - pour l’instant non avérée - est relatée ces jours par The Online Photographer (ici puis ici) : on croit la déceler sur un portrait de Bette Davis figurant sur un timbre-poste. La main de l’actrice semble y tenir une cigarette qu’on ne voit pas (plus ?). La position de la main est très ambigüe. Sur un autre blog, celui de Roger Ebert, il y a pour l’heure, 226 commentaires provenant principalement d’internautes choqués de ce révisionnisme. Quelques-uns pourtant, remettent l’existence de la retouche en question et tentent de nous montrer des images proches de « l’original ». On cite même un déni de retouche de la part d’une porte-parole d’US Postal Service qui a émis ce timbre. Attendons d’avoir d’autres éléments...

Les cas de photos de fumeurs célèbres auxquels on a retiré la clope sont nombreux et ont défrayé la chronique. Ne rappelons, de ce côté-ci de l’Atlantique, que ceux de J-P Sartre ou d’André Malraux (ce dernier, pour un timbre-poste justement).

Mais ce qui me frappe ici, quelle que soit l’issue de cette histoire, c’est qu’on puisse parler de retouche à propos d’une image qui n’est PAS une photo ! Car il s’agit bien d’une illustration, « faite à la main » (à la peinture à l’huile). Certes, le portrait est réaliste et pourrait passer pour de la photo aux yeux de spectateurs pressés ou inattentifs. Mais un oeil exercé y trouvera tout de même des effets de rendu ou de texture qui ne ressemblent que de loin à de la photo. La plupart des détails de facture qui pourraient « trahir » la peinture sont rendus invisibles par une réduction de format d’au moins 5 à 10 fois la taille de l’original. Évidemment, cela donne à la reproduction une grande finesse qui peut faire illusion. Les illustrateurs n’ont pas le temps et la possibilité de faire de la peinture de chevalet. S’ils veulent être réalistes, ils doivent se documenter avec... des photos. Souvent ils en utilisent plusieurs et tirent le meilleur de chacune pour en faire une sorte de synthèse, un composite. Ces éléments sont ensuite rendus plus ou moins fidèlement à travers divers effets, eux-mêmes conditionnés par les techniques utilisées et la vision qu’en a l’artiste. Dans les procédés utilisables en illustration, on ne retrouve donc pas cette continuité mécanique du sujet jusqu’au support final, chère à certains théoriciens de la photo. Les « interventions » sont ici constitutives du média utilisé. J’ai pratiqué longuement le métier d’illustrateur et jamais, même pour les rendus les plus réalistes, je n’ai pu constater ne serait-ce que le début d’une attente de véridicité ou d’objectivité de la part d’une illustration. Les frontières entre les illustrations dessinées et les photos ont toujours été très claires.

Mais cela se passait à la fin du siècle passé ;-) Les perceptions auraient-elles changé depuis l’arrivée du numérique ? Il y a certes des glissements qui se sont produits, mais ils sont principalement observables en présence de techniques dites de réalité augmentée. L’imagerie produite au moyen des médias de peinture traditionnels ne devrait pas être englobée dans ce type de perception...

Revenons au portrait de Bette Davis. Il est l’oeuvre de l’illustrateur Michael J. Deas qui réalise ses portraits en peinture à l’huile, dans la plus pure tradition américaine d’un style d’illustration qu’on pourrait qualifier de « réalisme romantique » et qui pour nous, peut frôler quelques fois le kitsch. Pour réaliser ce portrait il s’est assurément procuré nombre de photos, dont probablement celle-ci. Si ce n’est le cas, cela permet au moins de voir le travail d’interprétation qu’on peut réaliser à partir de photos.

La main - ou sa position - pose un réel problème. Comment un professionnel de ce niveau a-t-il pu choisir cette posture sans voir l’ambiguïté qu’il mettait en place ? Cela semble trop gros. Je peux vous dire qu’avant de se lancer dans la réalisation d’un travail aussi besogneux, on peaufine soigneusement ses croquis, pesant tous les aspects, afin « d’assurer » une réalisation sans repentirs. Tous ceux qui connaissent Bette Davis savent qu’elle était une grande fumeuse et que cela est justement attesté par de nombreuses photos. Michael J. Deas aura probablement eu le souci de la représenter dans une posture typique, donc avec une cigarette. Mais les gardiens de la morale sont infatiguables et n’ont jamais peur de passer pour des idiots révisionnistes !

Au final, qui aura fait la retouche ? L’artiste sur sa peinture à l’huile ou un retoucheur sur des pixels ? Dans les 2 cas, pourrait-on qualifier cela de retouche ? J’ai bien peur que oui. Cela propulserait la peinture vers de nouvelles perspectives objectivistes ;-) Va-t-on bientôt reprocher à Léonard d’avoir inventé un sourire à la Joconde ?


Addenda du 27.10.2008:

L’illustrateur Michael J. Deas répond à Mike Johnston de The Online Photographer : « ...I can unequivocally state that in the original reference photo Bette was not smoking a cigarette. It just ain’t so...though looking at the position of her fingers I can see why people might think otherwise. » Lire la lettre ici...

Il affirme donc sans équivoque que dans la photo originale, Bette n’avait pas de cigarette. C’est la stricte vérité et j’en prends acte. Mais, cela nous l’avions déjà vu. Tout comme nous voyons aussi que ce n’est pas du tout la même main qui a servi de modèle... Ah, quand le doute s’installe...

Béat Brüsch, le 27 octobre 2008 à 18.07 h
Mots-clés: illustration , peinture , retouche
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Depuis un moment je me demandais quelles images pourraient filer les meilleures métaphores de la crise financière... Les photos platement illustratives de traders désespérés ont fait leur temps et n’amusent plus, ni n’apportent de vision éclairante sur le phénomène. [1] Et les vues de façades d’établissements bancaires sont aussi muettes que leur secret éponyme. J’aurais voulu voir les images de ces banquiers de 1929 qui se jetaient par les fenêtres... Mais on me dit que...« En 2008, les traders ne se suicident plus : ils revendent leur Ferrari avant de se refaire du blé avec un bouquin sur « Comment j’ai planté ma banque ! »... [2]
Devant ces désastres impondérables, autant prendre ses distances avec le réel et plonger dans des allégories salvatrices, fussent-elles explosives. En maître des apothéoses déflagrantes, Roman Signer nous procure une hauteur de vue saisissante, dont l’humour a un effet de résilience.

On peut voir le suicide d’une valise (ou son assassinat ?) comme un assouvissement par procuration, à moins que ce soit une nouvelle feinte pour gagner des paradis fiscaux... (Ne ratez pas la dernière seconde où l’on perçoit la satisfaction malicieuse de l’auteur ;-)

Aujourd’hui, quand des volets claquent ce pourrait être une banque qui ferme. Les chaises éjectables du conseil d’administration s’élancent dans un vol harmonieux, mais destructeur, car ici il n’y a pas de parachutes dorés.

Roman Signer est né en 1938 à Appenzell (Suisse) et vit à St-Gall. Il abandonne son métier de dessinateur-architecte pour entrer à la Kunstgwerbeschule de Zürich. Il réalise sa première exposition (j’allais écrire explosion !) en 1973. Depuis 1974, il est professeur à la Schule für Gestaltung de Lucerne. Les performances, installations et autres actions qu’il met en oeuvre ne sont en général pas publiques. C’est par le truchement de la vidéo, et plus rarement de la photo, qu’il les fait voir. L’humour qui se dégage souvent de ses actions n’est pas un but en soi. Il provient de la mise en scène très précise d’interactions inéluctables aux conséquences dérisoires. Ces scènes ne montrent rien d’autre que la vanité de l’action et de la condition humaine. On ne peut s’empêcher de rapprocher cette démarche de celle de ses compatriotes Peter Fischli et David Weiss.
Nous apprenons que Roman Signer fait partie des « nominés » du Prix Pictet 2008 (tiens une banque !). Les 18 photographes retenus seront exposés au Palais de Tokyo (Paris, France) du 30 octobre au 8 novembre 2008.

Les 2 vidéos ci-dessus sont extraites du film de Peter Liechti, Signers Koffer (1996). On peut voir d’autres vidéos ici. Celles de Fischli et Weiss, dont 2 extraits du fameux The Way Things Go sont visibles ici.

Notes:

[1] Olivier Beuvelet - Devant les images - se pose aussi des questions sur la représentation visuelle du krach.

[2] Bakchich-info - Adoptez un banquier ou les délices du SubprimeThon - par Arthur

Béat Brüsch, le 17 octobre 2008 à 01.43 h
Mots-clés: Mise en scène , métaphore , vidéo
Commentaires: 1
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