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Le magazine Marie-Claire publie (édition Octobre 2009) 10 photos de stars qui montrent leurs seins pour soutenir la cause du dépistage du cancer du sein. Des photos de seins ça fait vendre, c’est bien connu. Surtout si c’est des seins de stars, qui de surcroit ne les avaient jamais dévoilés auparavant ! Mais quand c’est pour une bonne cause, c’est autre chose, n’est-ce pas ?

Le cancer du sein a de la chance, car son objet, non content d’être extrêmement photogénique, est le siège de nombreux concepts liés à la féminité, au charme, au désir, à la sexualité, à la maternité, etc. Tous les cancers n’ont pas cette chance. Déjà que la plupart ne se voient pas, leur terrain n’a en général que peu d’intérêt visuel. Un cancer de la prostate, du pancréas ou du côlon, ce n’est pas très sexy. C’est donc avec un empressement certain que les rédactions, toujours à l’affut d’un bon coup, se précipitent sur un sujet aussi accrocheur. Les autres maux et leurs campagnes de sensibilisation peuvent toujours attendre.

On remarquera que, même pour parler d’une maladie, on utilise ici l’image d’un organe en bonne santé. C’est autrement plus présentable que le même, en phase avancée ou après une intervention chirurgicale. Exception notable : avec les images véhiculées sur les paquets de cigarettes, le cancer du poumon bénéficie d’un régime à part. Mais il s’agit là d’une obligation légale. Aucun magazine public, ni aucun autre support ne présenteraient ces images-là pour attirer le chaland. Elles ne sont pas faites pour cela !

En présentant ces photos, Marie-Claire aborde 2 tabous. En premier, celui de montrer des seins, ce qui est de nos jours bien banal. Mais il s’agit, nous dit-on, de célébrités n’ayant jamais fait cela auparavant. Bon. L’autre est plus important qu’il n’y parait. Il s’agit du tabou lié à cette « longue maladie », en général « supportée avec un grand courage ». Le progrès dans la transgression de cet interdit-là est notable et doit être salué. « Cancer, le mot qui tue, la maladie qu’on préfère ne pas nommer, contrairement aux arrêts cardiaques, si souvent mentionnés dans les avis mortuaires. Or, depuis peu, certaines familles franchissent le pas et annoncent que leur proche est « mort d’un cancer ». Les non-dits tombent. Un changement est en cours dans la perception du cancer. Une maladie qui n’épargne personne, même pas les « people » dont le « coming out » de certains d’entre eux a, sans conteste, contribué à l’émergence d’un regard nouveau sur cette affection. » Extrait d’un article de Geneviève Grimm-Gobat sur largeur.com, qui fait le point sur le sujet.

On peut regretter que le titrage en couverture attire l’attention sur les 10 stars qui enlèvent le haut (le cancer et la mammographie sont aussi évoqués, mais en plus petit). Rien de neuf, c’est encore et toujours le sexe et la pipolisation qui font vendre. Saluons, par contre, le fait que les 10 photos sont très sages et qu’on a eu le bon goût de ne pas les érotiser.

Béat Brüsch, le 10 septembre 2009 à 22.55 h
Rubrique: A propos d’images
Mots-clés: peoples , presse
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« Les livres sont différents des autres biens et la loi devrait reconnaître ce fait. Les lettrés comme nous, à qui une nouvelle somme de connaissances a été transmise grâce aux livres ont l’obligation de partager ces connaissances à leur tour, en recopiant et en distribuant les livres aussi loin que possible. Je n’ai pas dégradé le livre de Finnian en le recopiant. Il possède toujours l’original et cet original n’est pas à moi. Il n’a pas plus perdu de sa valeur du fait que je l’ai retranscrit. Le savoir qui est contenu dans les livres devrait être disponible pour tous ceux qui veulent les lire et qui sont capables de le faire ; et il est injuste de dissimuler cette connaissance ou d’essayer de cacher les choses divines que les livres contiennent. Il est injuste de m’empêcher, moi ou quiconque, de les copier ou de les lire ou d’en faire des copies abondantes pour les disperser dans tout le pays. Pour finir, je soutiens qu’il devrait m’être accordé de pouvoir copier ce livre, car si j’ai beaucoup appris du travail difficile qu’impliquait sa transcription, je n’ai tiré aucun profit vénal de cet acte ; je n’ai agi que pour le bien de la société dans son ensemble et ni Finnian, ni son livre n’eurent à en souffrir ».


De quand date ce texte ? De la semaine passée ?... perdu ! Il a été écrit au 6e siècle par Saint Colomban, moine copiste et poète irlandais, qui fut jugé coupable d’avoir copié un texte contre la volonté du propriétaire du manuscrit original. Sa conception de la propriété intellectuelle trouve aujourd’hui un écho auprès des apôtres d’une révision du droit d’auteur. L’histoire est racontée de manière fort enthousiasmante par Calimaq sur le blog S.I.Lex : Saint Finnian et le Necronomicon du Copyright...

Béat Brüsch, le 19 août 2009 à 09.35 h
Rubrique: Droit des images
Mots-clés: copyright , droit , histoire
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Arles 2009

40 ans de Rencontres, 40 ans de ruptures, c’est ainsi que les Rencontres d’Arles se présentent cette année. Cette dualité Rencontres/Ruptures, est un vaste fourre-tout qui permet d’englober à peu près tout ce qui touche à la création photographique. Mais ne vous enfuyez pas ! Cette absence de thématique visible, certes regrettable, ne nuit pas aux qualités intrinsèques des expositions prises isolément. 2009 m’a semblé plutôt un bon cru. Si pour les organisateurs la catégorisation des photographes dans ces 2 groupes (et sous-groupes) semble à peu près cohérente, elle ne l’est pas du tout pour la plupart des visiteurs, bien trop occupés à s’y retrouver dans le plan des expositions, qui bien sûr ne recoupe en rien la thématique supposée. Petit retour vers les expositions qui m’ont marqué...


Robert Delpire

est l’objet de plusieurs expositions. Les photographes, mais aussi les graphistes, illustrateurs et autres designers doivent beaucoup à cet éditeur et directeur artistique touche-à-tout. Le grand public connait surtout la collection Photo Poche qu’il édite depuis 1982. Mais il a commencé dès les années 50 en éditant des photographes peu connus à l’époque, tels que Cartier-Bresson, Brassaï, Doisneau, Lartigue, Bischof ou Robert Franck (Les Américains). Il fut un brillant directeur artistique publicitaire. Ses pubs pour Citroën (dont quelques exemples sont exposés) sont insurpassées sur le plan formel et pour leur souffle novateur. Beaucoup de pubs d’aujourd’hui ont l’air bien convenues et frileuses à côté. Dans les années 70, il fit aussi beaucoup pour promouvoir les livres pour la jeunesse, alors en plein renouveau, avec des illustrateurs tels que Maurice Sendak (Max et les Maximonstres), Gervasio Gallardo, André Le Foll, Étienne Delessert, etc.

Nan Goldin

Autant dire tout de suite que je goutte peu aux photos de Nan Goldin. Ni ses hantises, ni leur forme ne me touchent. Commissaire invitée de ces Rencontres, elle a aussi le privilège d’y inviter ses amis. Je m’attendais au pire et je fus bien servi ! Mais j’y ai quand même trouvé quelques pépites fort respectables telles que Christine Fenzl (Streetfootball) ou Boris Mikhailov. La belle découverte fut pour moi la série de photos de Camden de...

Jean-Christian Bourcart

Il raconte : « C’est absurde, mais j’ai juste cherché sur le Web la ville la plus dangereuse des États-Unis. Je voulais retrouver cette étrange énergie qui se dégage des lieux où les règles et les contraintes sociales sont abolies ou affaiblies. Un sentiment de liberté mêlé à l’excitation du danger. Je voulais m’assurer qu’il est encore possible d’aller vers les autres, si éloignés, si étrangers qu’il nous paraissent. En tête de liste, j’ai trouvé Camden, New Jersey, à deux heures de New York... » Sa série est émaillée de ses textes manuscrits. C’est peut-être ce qui fait la magie de cette série et son humanité. C’est tout bête : quand on peut lire l’histoire qui se passe autour des photos et dans la tête du photographe, ça fonctionne bien mieux !

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Une autre exposition de Jean-Christian Bourcart se déroule dans un autre lieu. On y voit des images de la série Traffic : portraits de passants photographiés derrière la vitre de leur voiture au feu rouge ou de l’autobus qui passe. On croit pénétrer dans un petit bout de leur intimité, mais il y a toujours une vitre qui nous sépare d’eux. D’ailleurs, on ne fait que se croiser sans jamais pouvoir s’arrêter. Jean-Christian Bourcart est français, il vit et travaille à New York. D’autres séries bien vues sont à voir sur son site ici. On y retrouvera, par exemple, celle qu’il exposait aux Rencontres de l’année passée : The Most Beautiful Day of my Life, photos de mariages pas assez réussies pour être vendues.

Les expositions du Prix Découvertes de cette année m’ont paru d’un très bon niveau et ont retenu longuement mon attention, et ce, malgré la chaleur toujours accablante des Ateliers. Dans cette section, les photographes (ou artistes utilisant la photographie) « émergents » sont présentés et parrainés par un ancien directeur artistique des Rencontres.

Adrien Missika

(présenté par Michel Nuridsany), avec sa série Space between, nous emmène dans des espaces incertains, sans repères spatio-temporels, qui pourtant attisent notre curiosité par leur étrangeté. Nous nous attendons à trouver des images documentaires alors que leur provenance n’est souvent qu’un « recyclage » d’objets n’ayant rien à voir avec ce que nous pensions qu’ils fussent. Son site propose d’autres étranges images. Adrien Missika est français et vit en Suisse à Genève.

Magda Stanova

(présentée par Joan Fontcuberta) réfléchit aux diverses fonctions et attentes suscitées par la photographie. Ses textes sont présentés, sous forme manuscrite, accompagnés de petites photos ou dessins, dans une série sous-verres qui évoque les pages d’un grand cahier tenu par une collégienne appliquée. Mais la comparaison s’arrête là, car les réflexions de Magda Stanova sont frappées au coin du bon sens. Elles témoignent d’une grande fraîcheur d’analyse et dénotent un don d’observation aiguisé.

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© Magda Stanova

Rien d’étonnant à ce que la jeune artiste ait été repérée par un Joan Fontcuberta, brillant théoricien des images et illusions photographiques. Son site est à voir ici, mais je n’y ai pas trouvé le travail exposé à Arles. Magda Stanova est née en Slovaquie. Elle étudie à Bratislava, à Zürich et actuellement à San Francisco.

Rimaldas Viskraitis

(présenté par Martin Parr) nous fait visiter les fermes d’un autre âge des campagnes de Lituanie. On y rencontre des habitants démunis de tous les gadgets de la civilisation moderne. Ils semblent loin d’en être malheureux. L’alcool est produit à la ferme et préside à des fêtes qui nous paraissent un peu délurées, voire irréelles. Certains lendemains doivent être bien difficiles, mais c’est sûrement le seul prix qu’on puisse payer pour exister, pour tenir, pour faire du ciment social, quand on vit dans le dénuement. Ses personnages, bien qu’ils nous paraissent un peu étranges dans leurs comportements, suscitent une empathie immédiate. Rimaldas Viskraitis vit et travaille en Lituanie. Avec cette contribution, il remporte le Prix Découvertes. On peut voir quelques images de cette exposition ici.

Véronique Ellena

(présentée par Christian Lacroix) montre ici une série de natures mortes, tout à la fois sobres et chargées. La simplicité extrême des compositions, frontales, centrées, comme allant de soi, nous fait pénétrer au coeur du sujet (simple, lui aussi). Mais celui-ci entre véritablement en résonnance avec son environnement par le jeu des matières dont les structures de surface nous font apparaitre toute la complexité d’une organisation qui n’a rien de lisse. Ainsi, cet apparent dépouillement nous fait paradoxalement ressentir toute la complexité qui va de la vie à la mort (rien que ça !). Véronique Ellena vit et travaille en France. Beaucoup de belles séries sur son site, dont celle (Natures Mortes) exposée à Arles.

Yang Yongliang

(présenté par Claude Hudelot) nous présente des photomontages d’immeubles-tours et autres gracieusetés architecturales pour pays en mal d’affirmation de niveau de développement. Ses compositions s’inspirent des règles esthétiques du shanshui. J’ai trouvé cela totalement, vraiment, mais complètement kitsch ! Qu’on me pardonne cette appréciation à la louche, car il semble que je ne sois pas tout à fait équipé culturellement pour comprendre cette esthétique et cette démarche. Le site de Yang Yongliang se visite ici. Il vit et travaille à Shanghai en Chine.

Restons dans les Ateliers pour signaler d’autres expositions valant de braver les conditions climatiques...

Brian Griffin

pour « son approche non conventionnelle du portrait institutionnel ». Cette série (St.Pancras) est à voir sur son site, ici.

Martin Parr

s’est immergé dans des réceptions mondaines. Anthropologie chez les tribus bling bling et autres groupes apparentés. La série Luxury, est présentée en projection avec une création sonore de Caroline Cartier. Certaines photos sont visibles sur son site, ici.

Joan Fontcuberta

présente un projet qui part de la scène où Thomas, le photographe du film Blow Up d’Antonioni, réalisait des agrandissements. En reprenant ces agrandissements, à partir d’un duplicata en 35 mm du film, Fontcuberta atteint les limites de l’intelligibilité du matériel filmique et nous fait prendre pleinement conscience d’une des frontières de la représentation. On peut se demander pourquoi il ne s’est pas immiscé plus profondément dans la fiction en reprenant directement les photos utilisées dans le film... Le résultat visuel final aurait toutefois été le même. Ces photos pourraient être retrouvées ou reconstituées, elles ont été prises par Don McCullin qui avait été engagé sur le film pour cela.

Giorgia Fiorio

poursuit une longue quête à travers le monde pour recenser les diverses manifestations des communautés humaines dans leur relation au sacré. Magnifiques photos de ce qui fait l’essence des civilisations.

Attila Durack

a visité les peuples de la Turquie et de l’Anatolie. Il en rapporte de splendides portraits de groupes soulignant à la fois leur singularité et leur ouverture. Petite réserve : les grands formats, montés sous un plexi ultra brillant, présentent des couleurs un poil trop claquantes. On peut voir quelques photos du projet Ebru ici.

Plus je parcours le programme des Rencontres et plus je me convaincs que cette histoire de Rencontres/Ruptures est vraiment capilotractée et, pour tout dire, contreproductive ! (p. ex. je ne comprends pas que la section Prix Découverte, soit classée dans Rencontre plutôt que dans Ruptures !) Même la production qui aujourd’hui nous parait académique a un jour été dans la rupture. Il est pratiquement impossible pour un photographe d’émerger s’il ne se situe pas à un certain moment, voir en permanence, dans ce type de démarche consistant à se démarquer du « classicisme » des anciens. Mais il ne faut évidemment pas que cette rupture soit le seul moteur créatif, car on obtient alors un discours vide de sens, dont le seul moteur est la provocation. Il y a quelques photographes à Arles cette année, qui me semblent bien installés dans cette logique. Le seul intérêt de la prise en compte de cet aspect est peut-être historique... Il peut être, en effet, intéressant d’analyser comment et pourquoi un photographe se trouve en rupture à un instant T et comment s’articule sa démarche. Mais bon... il s’agit là d’un débat bien spécialisé qui n’est de toute façon pas mis en évidence dans la muséologie des Rencontres. Revenons au centre-ville...

Lionel Roux

présente des photos d’une grande beauté plastique qui sont le fruit d’un long travail sur les activités pastorales dans de nombreux pays tels que l’Éthiopie, la Grèce, l’Afrique du Sud, la Roumanie, l’Italie et la France. La place des transhumances y est revue à travers des réalités économiques et culturelles toujours vivaces dans ce siècle. On peut voir ses photos sur son blog (choisir un pays dans la colonne de droite). Lionel Roux est arlésien et vit toujours à Arles.

Duane Michals

continue de nous étonner avec ses séries poétiques, souvent drôles et incroyablement justes. À 70 ans passés, il parait d’une fraicheur juvénile tout en ayant la profondeur d’un vieux sage. Ses séquences de photos, souvent munies de textes manuscrits, découpées comme des scènes d’un film ou d’une BD racontent la vie, l’amour, la mort. La narration est limpide même quand les sentiments exprimés sont complexes et débouchent sur des abîmes de questionnements. Sous des dehors volontiers farceurs il exprime des états de la condition humaine dont le public saisit le sens instantanément, il suffit de voir les sourires amusés des visiteurs. On a peine à croire aujourd’hui que la production de Duane Michals ait pu bousculer le monde de la photographie. Mais peut-être que le public comprend spontanément des choses que les « spécialistes » ne peuvent valider qu’après d’initiatiques procédures ?

Without Sanctuary

est une exposition présentant des documents insupportables. Nous savions tous vaguement que des lynchages d’esclaves noirs avaient eu lieu il y a bien longtemps aux États-Unis. Les images que nous voyons dans cette exposition ne sont pas juste des photos documentaires de ces malheureuses victimes - ce qui en soi est déjà insoutenable - non, ce qu’on découvre est une véritable ferveur populaire qui entoure ces séances de tortures. Beaucoup de ces images sont des cartes postales qu’on s’échangeait volontiers, qu’on encadrait, qu’on plaçait en évidence chez soi, comme des trophées de chasse. Ces photos étaient également utilisées pour menacer les Noirs, faisant ainsi partie - de manière informelle - du dispositif répressif. L’apparition de la photo, qui correspond grosso modo à la date de l’abolition de l’esclavage (1865) apporte ainsi un certain réalisme à ces pratiques ignominieuses qui continuaient de proclamer la suprématie des Blancs pendant des dizaines d’années après l’abolition, jusqu’à ce que des pétitions y mettent fin, du moins légalement.
Pour vous réconcilier avec le genre humain, traversez la place pour visiter l’exposition consacrée à...

Willy Ronis

Tout a déjà été dit sur ce très grand photographe humaniste qui a couvert de son regard attentif et bienveillant une grande moitié du 20e siècle. Pour une courte biographie, je vous renvoie au billet que j’ai consacré à sa célèbre image Le nu provençal et aux liens en fin de billet. Willy Ronis a 99 ans cette année. Un important sponsor de l’exposition est un établissement d’assurance sur la vie - cela ne s’invente pas !

Rencontres photo d’Arles

Il y a 66 expositions. Elles sont ouvertes jusqu’au 13 septembre, mais attention, certaines ferment dès le 30 août ! Pour le programme complet, visitez le site des Rencontres.

Béat Brüsch, le 24 juillet 2009 à 12.52 h
Rubrique: Voir de ses yeux
Mots-clés: Arles , exposition , photographe
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Exposition de photos en plein air, au mois de mai à Séville. Dans une avenue où l’on s’attend à trouver des affiches publicitaires, il est toujours surprenant d’y découvrir des panneaux géants qui n’affichent ... « que » des photos. Légère confusion et surprise pendant un court instant, car leur esthétique est proche de celle qu’emprunte souvent la photo publicitaire de mode. Mais à y regarder de près, il n’y a pas d’équivoque : ces images n’ont rien à nous vendre. Le propos de la photographe Angèle Etoundi Essamba est centré sur les personnes. Les femmes africaines qu’elle nous « dévoile » affichent une beauté puissante et délicate, tantôt soulignée, tantôt dissimulée, par les drapés des étoffes de couleurs vives et franches. Ces toiles et ces voiles, pourtant agencés avec simplicité, évoquent les plis savants des plus grands couturiers. Dans ce foisonnement de tissus, les regards se découvrent et s’affirment. Entre tradition et modernité, ce sont des femmes d’aujourd’hui. (Et aucune loi, même avec les plus beaux prétextes, ne les fera accélérer [1])

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L’Avenida de la Constitution est presque trop large pour n’appartenir qu’aux piétons, aux cyclistes et à quelques rares trams. Le théâtre de ces froissements d’étoffes - qui montrent plus qu’elles ne cachent - y trouve un espace idéal. Mais il est vrai que la plupart des passants (sûrement des habitués !) ne regardent pas les photos. Les touristes, eux, sont souvent plus réceptifs. Ils sont venus pour s’en mettre plein la vue et ce genre de surprises fait partie de la fête. On dira ce qu’on veut des touristes, mais ils font souvent preuve d’une grande disponibilité. (Quand je suis touriste, je grimpe dans tous les clochers qui se visitent, alors que chez moi, je ne suis jamais monté sur la tour de la « cathé », pourtant fréquentée par tous les touristes de passage !)

L’exposition Desvelos (dévoilées) a été organisée dans le cadre de Territorios Sevilla, XII Festival Internacional de Música de los Pueblos du 24 avri au 8 juin 2009. Angèle Etoundi Essamba est une photographe camerounaise installée aux Pays-Bas. Il y abeaucoup de photos à voir sur son site. [2] Son livre Voiles et dévoilements est disponible ici. Dans une interview à CamerounLink, elle déclare :
« ...le voile que je montre est celui qui ose, qui invite, qui séduit, parce qu’il autorise justement le geste du dévoilement.
Et plus loin :
C’est un sujet sensible, qui porte sur le rejet, le refus de la différence et donc touche directement l’identité même de l’être humain. Ce travail vise aussi à changer les regards et à susciter une réflexion sur toutes les formes d’exclusion dans notre système social. »

Notes:

[1] Chez nous en Suisse, le projet français d’interdire le port de la burka a donné des idées à ceux qui sont toujours à l’affut de nouvelles façons de stigmatiser les gens « différents ».

[2] Malheureusement, l’indexation n’est pas simple. Pour voir en ligne la série d’où sont tirées les photos exposées à Séville, accrochez-vous ! Rendez-vous d’abord à la page Art prints. Sous le titre manuscrit Essamba-Arts, clic sur Main Menu/Open Menu/Prints/Voiles et dévoilements (Ce jeu de piste est un bel exemple de la désastreuse usabilité de Flash !)

Béat Brüsch, le 5 juillet 2009 à 16.39 h
Rubrique: Voir de ses yeux
Mots-clés: exposition , photographe , société
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Je ne suis pas allé voir les images de Neda, innocente jeune fille iranienne morte devant une caméra dans les rues de Téhéran. J’ai hésité, puis j’ai lu les commentaires sur le blog d’André, j’ai lu aussi le vibrant billet d’Olivier. Non, je n’ai pas pu...

Mais, au lendemain de l’avoir découverte, cette image non vue me hante encore. Elle habite mes pensées bien plus que si je l’avais vue. D’ailleurs, je crois que je l’ai vue... elle est comme toutes les images de mort directe qu’on peut voir. Douceur, brutalité, impuissance.

Cette image devait-elle « sortir » ? Bien sûr que oui. Grâce à des technologies difficiles à contenir, c’est tout ce qui peut encore s’échapper du couvercle que les Ayatollahs veulent installer sur le peuple iranien. Cette image, grâce à - ou à cause de - sa brutalité est un témoignage indispensable. À l’instar de la Petite fille brûlée au napalm ou de l’Homme de Tian’anmen, deviendra-t-elle mythique ? Il est trop tôt pour oser l’affirmer, mais quelque chose me dit que sa vue est trop insoutenable pour le devenir. Ces images, pour devenir iconiques, doivent afficher une évidente force métaphorique, évoquer la mort plus que la montrer. On me rétorquera que l’image du Vietnamien tué d’une balle dans la tête est restée dans toutes les mémoires. Oui, mais c’est un instantané, en noir/blanc un peu bougé, qui grâce à ses « imperfections » conserve malgré tout un aspect évoquatif. On y voit moins la mort à l’oeuvre que dans la vidéo d’une agonie. Peut-être que l’image de Neda restera dans les consciences pour la raison que sa vue est insoutenable...?

Sommes-nous dans une escalade de la violence imagière ? Peut-être que la circulation des images nous a, en quelque sorte, blindés et nous amène à en vouloir toujours plus, sans tabous ? La faculté d’auto-publication inaugurée par les blogs permet de se passer de médiation, que celle-ci soit culturelle, politique, morale, économique ou plus simplement rédactionnelle. C’est un caractère nouveau qui n’est pas toujours pris en compte lorsqu’on évoque les changements de société induits par les nouvelles technologies. La rapidité, la facilité ou la gratuité sont des facteurs certes positifs, mais qui ne favorisent pas forcément une mise en perspective. Les matériaux publiés sont souvent bruts : à vous de vous débrouiller avec !

Sans cesser d’être voyeurs, essayons de rester regardeurs.

Béat Brüsch, le 22 juin 2009 à 16.50 h
Rubrique: A propos d’images
Mots-clés: mythe , médias , société , viralité
Commentaires: 1
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